GHANA : Le régulateur pétrolier campe sur le maintien du prix plancher des carburants

Malgré la baisse des cours internationaux des produits raffinés et les pressions des consommateurs comme des opérateurs pétroliers, la National Petroleum Authority (NPA) du Ghana refuse de remettre en cause le mécanisme de prix minimum à la pompe, qu’elle juge essentiel à la stabilité du secteur aval.

Régulateur pétrolier Légende : Régulateur pétrolier

La récente détente des prix mondiaux des produits pétroliers raffinés a relancé, au Ghana, les attentes d’une diminution des prix des carburants à la pompe. Dans ce contexte, plusieurs acteurs du secteur pétrolier et des organisations de consommateurs ont appelé les autorités à revoir les règles de fixation des prix, estimant que le cadre actuel empêche une répercussion pleine et entière de la baisse des coûts internationaux sur les ménages.

Face à ces revendications, la National Petroleum Authority (NPA) a clairement affiché sa position. Lundi 19 janvier, le régulateur a indiqué qu’il n’envisageait pas de supprimer le plancher réglementaire des prix des carburants. « Au regard des évolutions actuelles du marché, la National Petroleum Authority n’envisage pas d’abroger cette politique », a déclaré Abass Tasunti, directeur de la régulation économique et de la planification de la NPA, dans un entretien accordé au média local JoyNews.

La stabilité du secteur en ligne de mire

Cette prise de position intervient alors que le sujet fait l’objet d’un débat public animé. Les partisans de la suppression du mécanisme estiment qu’il fausse la concurrence et empêche les stations-service d’ajuster leurs prix à la baisse lorsque leurs coûts d’approvisionnement diminuent.

La NPA, de son côté, défend le dispositif en mettant en avant plusieurs arguments. Le régulateur souligne d’abord que les conditions de marché ayant motivé l’introduction du prix plancher demeurent en grande partie inchangées. Il met également en garde contre les risques de distorsions tarifaires entre opérateurs en cas de suppression soudaine du mécanisme.

Surtout, l’autorité insiste sur la nécessité de préserver la stabilité du segment aval de l’industrie pétrolière, un maillon jugé stratégique et étroitement connecté au système bancaire. Les compagnies de distribution dépendent en effet largement de lignes de crédit pour financer l’importation de produits raffinés, rendant le secteur particulièrement vulnérable à des chocs financiers.

Un mécanisme de prix minimum instauré en 2024

Instauré en avril 2024, le plancher réglementaire des prix des carburants fixe un seuil minimum de vente au détail pour l’essence, le diesel et le gaz de pétrole liquéfié (GPL) au Ghana. Ce prix est recalculé toutes les deux semaines par la NPA, sur la base du coût d’importation, des taxes, des frais portuaires et des redevances réglementaires.

Lors des dernières périodes tarifaires, le prix plancher s’établissait autour de 12 à 13 cédis ghanéens par litre pour l’essence (environ 1,12 à 1,24 dollar), 13 à 14 cédis pour le diesel (1,21 à 1,33 dollar) et au-delà de 14 cédis pour le GPL (plus de 1,33 dollar). Les compagnies de commercialisation de produits pétroliers (OMCs) et les distributeurs de gaz (LPGMCs) sont tenus de pratiquer des prix supérieurs à ces seuils, même lorsque leurs coûts d’approvisionnement reculent.

Éviter une nouvelle crise d’approvisionnement

Selon la NPA, ce dispositif vise avant tout à encadrer la concurrence dans un secteur longtemps fragilisé par des arriérés de paiement, une forte dépendance au crédit bancaire et d’importants écarts de prix entre opérateurs. Son maintien intervient alors que les autorités ghanéennes affirment avoir déboursé 1,47 milliard de dollars en 2025 pour apurer des dettes historiques du secteur énergétique.

Dans ce contexte, Abass Tasunti a assuré que le régulateur ne prendrait aucune décision susceptible de déstabiliser davantage le marché ou de provoquer une crise d’approvisionnement en carburants, privilégiant une approche prudente face aux tensions persistantes du secteur.


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