Le Centre Interfacultaire de Formation et de Recherche en Environnement pour le Développement Durable (CIFRED) de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) a célébré, du mardi 20 au jeudi 22 janvier 2026, ses vingt-cinq (25) années d’existence. La cérémonie officielle de lancement des festivités s’est tenue dans l’amphithéâtre Idriss Déby Itno de l’UAC, en présence d’enseignants-chercheurs, d’étudiants, de partenaires techniques et institutionnels ainsi que de nombreux acteurs engagés dans les questions environnementales et sanitaires.
Légende : Prof BOKOSSA @DSG média & communication
Placée sous le signe de la valorisation du parcours, des acquis et de l’impact scientifique du CIFRED, cette célébration a été marquée par un programme scientifique dense, articulé autour de conférences, panels et communications portant sur des thématiques d’actualité. Parmi les temps forts, la conférence animée le mercredi 21 janvier 2026 par le Dr Maître de Conférences Hervé J. K. Bokossa, consacrée aux pesticides dans l’environnement et à leur impact sanitaire, a particulièrement retenu l’attention par la rigueur de son analyse et la portée de son message.
Dès l’entame de sa communication, le Prof Bokossa a justifié le choix du thème par le contexte agricole béninois, marqué par une utilisation massive des pesticides, notamment dans les zones de forte production du nord du pays. Il a souligné que si les activités agricoles intensives sont géographiquement concentrées, leurs effets, eux, concernent l’ensemble du territoire national, le sud se présentant comme un réceptacle naturel des résidus transportés par les eaux de ruissellement et les bassins versants. Pour lui, la question des pesticides ne saurait donc être réduite à une problématique locale ou sectorielle, mais constitue un enjeu national de santé publique et de protection de l’environnement.
S’appuyant sur des données officielles, le conférencier a rappelé le poids stratégique de l’agriculture dans l’économie béninoise. Selon le rapport de performance 2020 du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, le secteur agricole mobilise environ la moitié de la population active, contribue à plus de 28 % du produit intérieur brut et fournit l’essentiel des recettes d’exportation. Cette dynamique de croissance, renforcée par les réformes engagées depuis 2016, s’accompagne toutefois d’une intensification des pratiques agricoles, reposant largement sur l’usage des intrants chimiques.
Le Prof Bokossa a ensuite présenté une typologie des producteurs agricoles au Bénin, distinguant les grands producteurs, les producteurs moyens et les petits exploitants familiaux. Il a mis en évidence le fait que les grands producteurs, bien que numériquement moins nombreux, concentrent l’essentiel de l’utilisation des pesticides et des engrais chimiques. Cette concentration se reflète également dans la répartition géographique, avec des départements comme l’Alibori et l’Atacora figurant parmi les zones de plus forte consommation.
La communication a également abordé la question du genre, en montrant que les femmes, bien que représentant une part importante des chefs d’exploitation, sont particulièrement exposées aux risques sanitaires liés aux pesticides. Cette exposition revêt une gravité accrue du fait de leur rôle biologique et social, notamment en lien avec la maternité et la santé des enfants.
Sur le plan scientifique, le conférencier a pris soin de définir le concept de pesticide, en s’appuyant à la fois sur la réglementation béninoise et sur la définition de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Il a distingué les grandes familles de pesticides, notamment les insecticides, herbicides, fongicides et fumigants, avant de détailler leurs principales voies d’exposition, à savoir cutanée, respiratoire et digestive.
L’analyse des effets sanitaires a constitué le cœur de la communication. Le Prof Bokossa a expliqué, de manière pédagogique, les mécanismes biochimiques à l’origine des intoxications aiguës et chroniques, en particulier les perturbations du système nerveux, endocrinien, respiratoire et reproducteur. Il a insisté sur la capacité de certaines substances à s’accumuler dans l’organisme et dans les écosystèmes aquatiques, entraînant un phénomène de bioaccumulation tout au long de la chaîne alimentaire, avec l’être humain comme maillon final.
Face à ces constats, le conférencier a plaidé pour une approche équilibrée, rejetant à la fois l’abandon brutal des pesticides et leur usage incontrôlé. Il a appelé à une utilisation raisonnée, fondée sur l’agro-écologie, la rotation des cultures, le choix de variétés résistantes, l’amélioration de la santé des sols et le recours accru aux biopesticides et à la lutte biologique. Il a également souligné l’importance de la formation, du respect des doses prescrites et du contrôle du marché informel, où circulent encore de nombreux produits non homologués.
À travers cette communication, le CIFRED a rappelé, à l’occasion de ses vingt-cinq ans, sa vocation première : produire un savoir scientifique utile, engagé et au service des politiques publiques et des communautés. Une ambition pleinement en phase avec les défis contemporains du développement durable, de la santé publique et de la préservation de l’environnement.