Confrontée à une crise électrique persistante, l’Afrique du Sud voit sa transition énergétique se structurer de plus en plus hors du périmètre de l’État. Portées par les entreprises privées, les énergies renouvelables progressent, redessinant en profondeur l’équilibre du secteur énergétique national.
Légende : Panneaux solaire
En Afrique du Sud, la transition énergétique suit une trajectoire singulière, largement façonnée par les contraintes du système électrique public. Les délestages récurrents et la hausse continue des tarifs ont poussé les acteurs économiques à revoir leurs stratégies d’approvisionnement en énergie. L’assouplissement des règles de concurrence annoncé par Pretoria le mercredi 7 janvier 2026 n’a fait que confirmer une tendance déjà bien engagée : la transition énergétique sud-africaine progresse désormais en grande partie en dehors du cadre public.
Entre 2019 et 2024, la capacité installée en énergies renouvelables a augmenté de 129 %, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Cette croissance a été principalement tirée par le solaire, dont la capacité a bondi de 223 % pour atteindre plus de 13,5 GW en 2024. Malgré ces avancées, le réseau électrique national demeure fragile. Les coupures d’électricité observées encore en 2024 et 2025 continuent de peser lourdement sur l’activité économique, en particulier dans les secteurs industriels à forte consommation énergétique.
Face à ces difficultés, de nombreuses entreprises ont choisi de réduire leur dépendance au réseau public. Depuis 2021, les réformes réglementaires ont élargi les possibilités d’intervention du secteur privé. La suppression du seuil de licence pour les projets de production jusqu’à 100 MW a favorisé le développement de l’autoproduction et la multiplication des contrats d’achat d’électricité de gré à gré, notamment dans les secteurs minier, industriel et agroalimentaire. Bien que souvent connectés au réseau national, ces projets reposent essentiellement sur des financements privés et échappent au budget de l’État.
Le récent assouplissement ciblé des règles de concurrence permet en outre aux entreprises confrontées à des coûts élevés de mutualiser leurs efforts. Coopérations industrielles, infrastructures partagées et négociations collectives d’approvisionnement deviennent des leviers pour préserver la compétitivité, en particulier pour les industries lourdes, durement affectées par plus d’une décennie de hausse des prix de l’électricité.
Les chiffres du Renewable Energy Independent Power Producer Procurement Programme (REIPPPP) illustrent cette dynamique : plus de 6 000 MW de capacités renouvelables ont été attribués à des producteurs indépendants entre 2014 et 2024. Parallèlement, les projets d’autoconsommation, dits behind-the-meter, se multiplient, même si leur poids exact reste difficile à quantifier.
Cette évolution intervient dans un contexte où le charbon domine encore largement le mix énergétique, représentant près de 70 % de la production d’électricité en 2024. Le renouvelable, bien qu’en progression, ne comptait qu’environ 17 %. La transition énergétique sud-africaine avance donc, mais selon une logique de plus en plus décentralisée, portée par les impératifs économiques du secteur privé plutôt que par l’action directe de l’État.