Face aux effets grandissants des changements climatiques, à la dégradation des terres et à la cherté des intrants agricoles, l’Afrique doit repenser ses systèmes de production. La valorisation des matières organiques, le développement des engrais organo-minéraux et le renforcement des partenariats apparaissent comme des leviers essentiels pour construire une agriculture à la fois productive et durable. C’est l’une des principales recommandations formulées par des experts de l’International Fertilizer Development Center (IFDC), lors du webinaire organisé par le Réseau international Médias, Énergie et Environnement (RIME)
Légende : Santé des sols
« Agriculture africaine face au climat : comment produire plus avec moins de ressources ? », c’est le thème qui a fait l’objet de discussion le mercredi 28 octobre 2026 à l’occasion du du webinaire organisé par le RIME. Produire davantage tout en préservant les ressources naturelles constitue désormais l’un des grands défis de l’agriculture africaine. Entre l’irrégularité des pluies, les épisodes de fortes précipitations, la dégradation des sols et la hausse du coût des engrais, les producteurs doivent faire face à des conditions de plus en plus contraignantes. Dans ce contexte, la transformation des pratiques agricoles ne peut plus se limiter à la recherche de rendements élevés. Elle doit également intégrer la préservation de la fertilité des terres et une meilleure utilisation des ressources disponibles.
Pour les spécialistes de l’International Fertilizer Development Center (IFDC), notamment, Adodo Abalo, directeur du développement et des partenariats pour l’Afrique de l’Ouest à l’IFDC, et Josias Toviho, agronome et spécialiste des services agricoles intégrés à l’IFDC, la santé des sols représente un investissement stratégique pour l’avenir de l’agriculture africaine. À cet effet, l’utilisation exclusive des engrais minéraux ou des fertilisants organiques ne constitue pas, à elle seule, une réponse suffisante. L’enjeu est plutôt de trouver un équilibre entre ces deux types d’apports. Selon les explications des experts, les engrais organo-minéraux, qui associent matières organiques et éléments minéraux, offrent une alternative intéressante. Des formulations développées et déployées par l’IFDC font déjà leurs preuves sur le terrain, avec pour objectif d'améliorer les propriétés des sols tout en favorisant la croissance des cultures.
Des ressources locales à mieux valoriser
Au-delà des fertilisants commerciaux, le continent dispose de nombreuses ressources encore insuffisamment exploitées. Les résidus agricoles, les déchets organiques et certaines matières issues des activités de transformation peuvent contribuer à restaurer la fertilité des terres. Les experts ont notamment évoqué les balles de riz, qui peuvent être transformées en biochar afin d'améliorer la qualité des sols et leur capacité de rétention d'eau. De même, certaines plantes à croissance rapide, notamment les légumineuses comme le mucuna, peuvent produire une biomasse importante destinée à enrichir les terres.
Par ailleurs, l'intégration de l'élevage à l'agriculture constitue une autre piste à renforcer. Les déjections animales, notamment les fientes de volaille, peuvent être associées aux résidus végétaux pour produire du compost. Cette complémentarité entre productions animale et végétale permet ainsi de valoriser les ressources disponibles dans les exploitations et de réduire progressivement la dépendance aux intrants extérieurs.
Toutefois, la disponibilité de ces matières organiques demeure un défi, particulièrement pour les exploitations de grande superficie. Comme l'ont souligné les intervenants, les quantités nécessaires pour fertiliser un hectare ne sont pas comparables à celles requises pour 100 ou 300 hectares. D'où l'intérêt d'une amélioration progressive de la santé des sols, en fonction des ressources accessibles aux producteurs et des recommandations techniques adaptées.
Le partenariat, condition indispensable du changement
Mais les innovations ne pourront produire des résultats à grande échelle sans une mobilisation coordonnée des différents acteurs. Pour Adodo Abalo, directeur du développement et des partenariats pour l'Afrique de l'Ouest à l'IFDC, le passage à l'échelle repose avant tout sur des partenariats fonctionnels entre les gouvernements, les chercheurs, le secteur privé et les organisations techniques. Les États sont notamment appelés à mettre en place des politiques favorables à l'innovation, à soutenir la recherche et à faciliter l'accès aux intrants adaptés. De leur côté, les entreprises privées doivent davantage investir dans la production locale de fertilisants et dans les opportunités qu'offre le marché agricole.
L'organisation de la collecte et de la transformation des déchets urbains en engrais organiques illustre également cette nécessité de coopération. De la récupération des déchets dans les ménages jusqu'à leur transformation et leur distribution dans les zones rurales, toute la chaîne doit être structurée pour garantir que les producteurs puissent effectivement accéder à ces ressources.
À cela s'ajoute la nécessité de renforcer les mécanismes de diffusion des innovations. L'IFDC privilégie notamment une approche en cascade qui consiste à former les agents de vulgarisation agricole, lesquels accompagnent ensuite les producteurs leaders avant que les connaissances et les pratiques ne se diffusent progressivement auprès d'autres agriculteurs. Cette démarche permet d'élargir progressivement la portée des interventions en tenant compte des réalités et des besoins propres à chaque région.
Au terme des échanges, les experts ont insisté sur un principe fondamental : l'Afrique ne doit plus opposer productivité et durabilité. Pour répondre aux besoins alimentaires des populations actuelles et futures, le continent doit accroître sa production tout en préservant ses ressources naturelles. La santé des sols ne doit donc plus être considérée comme une simple exigence technique, mais comme un investissement stratégique pour la sécurité alimentaire et la résilience climatique de l'Afrique.