Le démarrage précoce des pluies, la concentration des précipitations sur de courtes périodes et la perturbation des saisons compliquent la planification des activités agricoles au Bénin. Pour le professeur Placide Cledjo, directeur de l’École doctorale pluridisciplinaire Espace, Culture et Développement de l’Université d’Abomey-Calavi, l’adaptation du calendrier agricole passe par une meilleure exploitation des prévisions scientifiques et la valorisation des savoirs endogènes.
Légende : Changement climatique
Au Bénin, les changements climatiques bouleversent progressivement les repères traditionnels des producteurs agricoles. Le rythme des saisons devient moins prévisible, tandis que les pluies peuvent commencer plus tôt ou se concentrer sur une période plus courte. Ces évolutions compliquent le choix des périodes de semis et obligent les agriculteurs à revoir leurs habitudes pour limiter les risques de pertes de récoltes. Dans ce contexte, l’adaptation du calendrier agricole apparaît comme un enjeu majeur pour préserver la production et renforcer la résilience du secteur.
Selon le professeur Placide Cledjo, les manifestations actuelles du changement climatique imposent une nouvelle lecture des saisons. Lors de son intervention sur les risques climatiques au Bénin, il souligne que les précipitations ne sont plus nécessairement réparties dans le temps comme auparavant. « La quantité d'eau tombe en étant très courte, ce qui fait que le sol n'a pas la possibilité d'absorber rapidement et il y a inondation », explique-t-il. Une concentration des pluies qui peut perturber les activités agricoles, notamment lorsque les producteurs ne disposent pas de repères suffisamment fiables pour déterminer le moment opportun des semis.
Des saisons moins prévisibles, des décisions agricoles plus délicates
Traditionnellement, les producteurs s'appuient sur la succession des saisons pour organiser leurs travaux champêtres. Cependant, les changements climatiques perturbent ces repères, avec des conséquences sur le calendrier des semis et le déroulement des campagnes agricoles. Une saison pluvieuse qui démarre plus tôt que prévu peut, par exemple, inciter les producteurs à avancer leurs semis. À l'inverse, une mauvaise appréciation de l'évolution des pluies peut les exposer à des conditions défavorables et compromettre leurs efforts.
Le professeur Placide Cledjo évoque justement les manifestations d'un démarrage précoce des pluies. « Ça démontre que la saison a vite commencé. Automatiquement, nous devons prendre des précautions sur le plan agricole », affirme-t-il. Il estime ainsi que les changements observés dans le comportement du climat doivent être considérés comme des signes permettant aux producteurs d'ajuster leurs pratiques.
Pour l'enseignant-chercheur, il importe notamment de savoir tirer parti d'un début précoce de la saison pluvieuse en adaptant les périodes de semis. « Une fois que la saison a vite démarré, il faut aussi en profiter pour vite semer et ainsi de suite », recommande-t-il. Cette adaptation suppose néanmoins de ne pas se limiter à une observation ponctuelle des premières pluies, mais de mieux comprendre les évolutions météorologiques afin de prendre des décisions appropriées.
Associer prévisions scientifiques et savoirs endogènes
Face à cette nouvelle réalité climatique, les connaissances scientifiques constituent un outil important pour anticiper les variations météorologiques. Toutefois, le professeur Placide Cledjo estime qu'elles gagneraient à être complétées par les connaissances traditionnelles transmises de génération en génération. Pour lui, les pratiques héritées des anciens peuvent contribuer à une meilleure compréhension des changements observés dans la nature et à une adaptation plus pertinente des activités agricoles.
« Nos parents avaient une manière de lire la nature, de lire les saisons », rappelle-t-il. Il précise que ces derniers s'appuyaient notamment sur le comportement des arbres, les périodes de floraison et celui des animaux pour reconnaître certains signes annonciateurs des changements saisonniers.
Dès lors, l'enjeu consiste à rapprocher ces savoirs endogènes des données scientifiques afin d'améliorer les décisions agricoles. « Il faut associer à ce que nous faisons sur le plan scientifique maintenant pour pouvoir gérer correctement notre agriculture », insiste l'enseignant-chercheur. Cette complémentarité pourrait aider les producteurs à mieux interpréter les variations des saisons et à adapter leurs périodes de semis aux conditions climatiques observées.
Le professeur Cledjo insiste également sur la nécessité de renforcer la prise en compte de ces connaissances dans les travaux de recherche et de formation. Selon lui, les universités ont un rôle à jouer dans cette démarche, en contribuant à mieux documenter les savoirs locaux et à les mettre en relation avec les connaissances scientifiques sur le climat.
Adapter le calendrier agricole pour limiter les pertes
La révision du calendrier agricole ne consiste donc pas simplement à avancer ou à retarder systématiquement les semis. Elle implique plutôt une capacité d'adaptation fondée sur l'observation des conditions météorologiques, l'analyse des informations disponibles et la connaissance des réalités locales. Pour les producteurs, l'objectif est de mieux choisir les périodes de mise en terre des semences en tenant compte de l'évolution effective des saisons.
Le professeur Placide Cledjo rappelle que les manifestations du changement climatique doivent être considérées comme des signaux invitant à revoir les pratiques agricoles. Il estime que la modification du calendrier des cultures constitue une piste importante pour éviter les pertes liées à une mauvaise anticipation des saisons. Cette démarche doit toutefois s'appuyer sur des informations suffisamment fiables et sur une meilleure circulation des connaissances entre les spécialistes du climat, les chercheurs et les producteurs.
Par ailleurs, l'adaptation agricole doit tenir compte des différences entre les régions du pays. Le professeur rappelle que le Sud du Bénin connaît habituellement quatre saisons, contre deux dans le Nord, et que ces rythmes sont perturbés par les changements climatiques. Une approche uniforme ne saurait donc répondre à toutes les réalités locales : les ajustements doivent tenir compte des conditions propres à chaque zone de production.
En définitive, les changements climatiques invitent le Bénin à repenser la manière dont les campagnes agricoles sont planifiées. Comme le souligne le professeur Placide Cledjo, l'association des prévisions scientifiques et des savoirs endogènes constitue une voie à privilégier pour mieux comprendre les saisons et adapter les périodes de semis. L'enjeu est de permettre aux producteurs de prendre des décisions plus éclairées face à un climat moins prévisible, afin de limiter les pertes et de préserver durablement les activités agricoles dont dépend une grande partie de la population.