INONDATIONS AU BÉNIN : Les déchets, un obstacle majeur à l’écoulement des eaux pluviales

L’obstruction des caniveaux et des voies naturelles d’écoulement par les déchets aggrave les conséquences des fortes pluies au Bénin. Pour le professeur Placide Cledjo, directeur de l’École doctorale pluridisciplinaire Espace, Culture et Développement de l’Université d’Abomey-Calavi, la maîtrise de la gestion des déchets constitue un levier essentiel pour réduire les effets des inondations. L’exemple du dégagement des déchets au niveau des ponts de Djonou illustre l’importance de l’assainissement dans la prévention de ces risques.

Caniveau bouchés par les ordures Légende : Caniveau bouchés par les ordures

Au Bénin, les inondations ne s’expliquent pas uniquement par l’abondance des pluies. Si les changements climatiques favorisent des précipitations intenses sur de courtes périodes, l’accumulation des déchets dans les ouvrages d’assainissement et les voies d’écoulement contribue également à aggraver la situation. Lorsque les eaux pluviales ne peuvent plus circuler normalement, elles stagnent, débordent et perturbent les activités humaines. Une réalité qui place la gestion des déchets au cœur des enjeux de prévention des inondations.

Dans son analyse des risques climatiques au Bénin, le professeur Placide Cledjo souligne justement le rôle des comportements humains dans l’aggravation de ces phénomènes. Selon lui, les fortes pluies deviennent particulièrement dommageables lorsque les dispositifs prévus pour évacuer l’eau sont obstrués. « Lorsqu’il y a inondation, maintenant, c’est le fait que les caniveaux sont bouchés », explique-t-il, insistant ainsi sur le lien entre l’assainissement et l’ampleur des dégâts enregistrés.

Le pont de Djonou, un exemple révélateur

L’illustration la plus parlante évoquée par l’universitaire concerne le pont de Djonou, où des difficultés d’écoulement des eaux ont été associées à la présence de déchets. En juin dernier, selon son témoignage, des engins amphibies ont été mobilisés pour intervenir dans la zone humide et dégager les déchets qui empêchaient l’eau de s’écouler normalement. Cette opération a permis de libérer le lit du cours d’eau et de rétablir l’écoulement.

Cet exemple montre que les conséquences d’une inondation peuvent être amplifiées par des facteurs sur lesquels il est possible d’agir. Lorsque les déchets s’accumulent dans les caniveaux, les cours d’eau ou aux abords des ouvrages de franchissement, ils entravent le passage des eaux pluviales. Ainsi, même lorsque les pluies relèvent d’un phénomène climatique, l’obstruction des voies d’évacuation peut accentuer les débordements et prolonger la stagnation de l’eau.

La gestion des déchets, une priorité pour limiter les dégâts

Face à cette situation, la prévention des inondations passe aussi par une politique rigoureuse d’assainissement urbain. Pour Placide Cledjo, les pouvoirs publics doivent faire de la maîtrise de la gestion des déchets une priorité. « Dès qu’on va maîtriser ça, vous allez voir que même s’il y a inondation, l’intensité et les effets seront moindres sur la population », estime-t-il.

Cette approche suppose notamment un entretien régulier des caniveaux, le curage des cours d’eau et le dégagement des ouvrages où les déchets entravent l’écoulement. Elle nécessite également de renforcer les pratiques de collecte et de traitement des déchets afin d’éviter leur accumulation dans les espaces publics et les milieux naturels. Au-delà du nettoyage ponctuel, l’enjeu est donc de mettre en place une gestion durable qui limite le retour des mêmes problèmes à chaque épisode pluvieux.

L’universitaire invite aussi à considérer les déchets comme une ressource potentielle. Leur valorisation peut contribuer à la production d’énergie et à d’autres usages, dans une logique d’économie circulaire. Une telle démarche permettrait de réduire les déchets abandonnés dans l’environnement tout en favorisant leur réutilisation.

Prévenir plutôt que subir

Si les changements climatiques rendent les épisodes de fortes pluies plus difficiles à gérer, leurs conséquences dépendent également de la manière dont les villes sont aménagées et entretenues. Le professeur Placide Cledjo insiste ainsi sur la nécessité de respecter les lits des cours d’eau et les zones humides lors des opérations d’aménagement du territoire. Ces espaces jouent un rôle important dans la réception et la régulation des eaux ; leur occupation anarchique peut réduire leur capacité à limiter les risques d’inondation.

En définitive, la lutte contre les inondations au Bénin ne saurait reposer uniquement sur des interventions d’urgence après les pluies. Elle exige une action préventive associant assainissement, gestion responsable des déchets, entretien des ouvrages d’écoulement et aménagement cohérent du territoire. Comme le souligne Placide Cledjo, la responsabilité est à la fois individuelle et collective. Car, lorsque les déchets bouchent les voies d’écoulement, ils transforment un phénomène pluvieux en un risque plus lourd pour les populations et l’économie.


Partager :