Les responsables du projet BryoBen ont présenté les principaux résultats des travaux lors de l’atelier de clôture, le vendredi 9 octobre 2026, dans la salle audiovisuelle de l’École polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC), à l’Université d’Abomey-Calavi. Financé par la JRS Biodiversity Foundation et mis en œuvre par l’Herbier national du Bénin avec l’appui de l’Université d’Abomey-Calavi, le projet a permis de documenter des espèces végétales encore peu étudiées, de renforcer les capacités scientifiques nationales et de rendre accessibles des données utiles à la recherche et à la conservation de la biodiversité.
Légende : Photo de famille @DSG média
Discrètes et souvent méconnues, les bryophytes occupent pourtant une place importante dans le fonctionnement des écosystèmes. Ce groupe végétal comprend notamment les mousses, les hépatiques et les anthocérotes. Leur sensibilité aux conditions environnementales et leur capacité à accumuler certains polluants en font des organismes d’intérêt pour la surveillance écologique. Malgré ces propriétés, les connaissances sur leur diversité au Bénin demeuraient limitées, en raison notamment de l’absence d’une base de données nationale spécifiquement consacrée à ce groupe.C’est pour contribuer à combler cette lacune que le projet BryoBen, consacré à la mobilisation et à la dissémination des données sur l’identification, la taxonomie, l’importance socioéconomique et l’état de conservation des bryophytes au Bénin, a été mis en œuvre.
Des inventaires aux premières données de référence
Prenant la parole à l’ouverture des travaux, le Coordonnateur du projet, le Dr Hospice Dassou, a rappelé les difficultés auxquelles fait face la botanique systématique au Bénin, notamment la diminution du nombre de spécialistes en taxonomie. Selon lui, le départ à la retraite de plusieurs experts fragilise les capacités nationales d’identification des espèces, alors que de nombreux groupes végétaux restent encore insuffisamment étudiés. Les bryophytes illustrent particulièrement cette situation. Leur intérêt scientifique est pourtant considérable, aussi bien pour l’étude des changements climatiques que pour l’évaluation de l’état de l’environnement et la recherche de substances d’intérêt pharmacologique.
Pour améliorer les connaissances disponibles, l’équipe du projet a conduit des inventaires de terrain, des enquêtes auprès des populations et des activités de formation. Des experts internationaux, notamment d’Afrique du Sud et de Madagascar, ont contribué au renforcement des compétences en matière de collecte, de conservation et d’identification des spécimens. Deux étudiants ont également bénéficié d’un séjour de formation à l’Université du Cap, en Afrique du Sud. Au total, 3 850 échantillons de bryophytes ont été collectés et étudiés. Les travaux ont permis d’identifier 189 espèces, dont onze constituent de nouveaux signalements pour l’Afrique de l’Ouest. Deux autres espèces présentent un potentiel de nouveauté pour la science, mais leur statut devra être confirmé par des analyses moléculaires complémentaires.
Le projet a également permis de documenter les usages rapportés par les populations. Dix-sept espèces sont ainsi citées pour diverses utilisations traditionnelles liées au traitement de maladies. Certaines bryophytes sont également employées comme fertilisants. Ces informations constituent des pistes de recherche qui nécessitent des investigations supplémentaires, notamment sur les plans pharmacologique et toxicologique, avant toute validation scientifique de leurs propriétés médicinales.
Sur le terrain, les inventaires ont couvert 49 sites forestiers répartis dans les trois zones phytogéographiques du Bénin. En parallèle, 637 personnes ont été interrogées dans 25 sites afin de recueillir des informations sur les usages des bryophytes. Ces activités ont contribué à élargir les connaissances disponibles sur leur diversité, leurs habitats et leurs relations avec les communautés locales. La diffusion des résultats représente un autre acquis majeur. Des publications scientifiques ont été réalisées ou soumises à des revues spécialisées. Par ailleurs, 365 occurrences ont été publiées sur la plateforme internationale du Global Biodiversity Information Facility (GBIF), constituant un ensemble de données consultables et réutilisables par la communauté scientifique. Ces occurrences représentent 56 espèces de mousses documentées dans le cadre des données partagées sur cette plateforme.
Pérenniser les acquis et poursuivre la recherche
Pour la Professeure Monique Tossou, Directrice de l’Herbier national du Bénin, le projet a contribué à donner une place scientifique à un groupe végétal longtemps négligé. Elle a notamment souligné l’importance de la conservation des spécimens, de la mise à disposition des données et de la transmission des compétences aux jeunes chercheurs. Le renforcement des capacités humaines constitue, selon elle, un acquis essentiel pour assurer la continuité des recherches. Le représentant du point focal national du GBIF, Gorgias Aïkpon, a également insisté sur l’importance de la publication et du partage des données scientifiques. Il a appelé à maintenir les données produites, à étendre les inventaires à d’autres localités du pays et à intégrer davantage les bryophytes dans les évaluations de la biodiversité et les politiques de conservation.
De son côté, le Professeur Aliou Saïdou, vice-recteur chargé de la recherche universitaire à l’Université d’Abomey-Calavi, a soulevé la question du financement de la recherche et de la continuité des projets après la fin des appuis extérieurs. Il a plaidé pour une plus grande mobilisation des ressources nationales et un meilleur accompagnement institutionnel des structures de recherche, notamment de l’Herbier national du Bénin. Le Dr Hospice Dassou a, pour sa part, exprimé la volonté de poursuivre les inventaires sur les sites qui n’ont pas encore été prospectés. La confirmation des espèces potentiellement nouvelles, la poursuite des publications scientifiques et la préparation d’un atlas des bryophytes du Bénin figurent également parmi les perspectives envisagées, sous réserve de moyens complémentaires.
L’atelier s’est achevé sur un échange avec les étudiants et les chercheurs, suivi d’une observation des spécimens au microscope. Cette clôture ouvre ainsi une nouvelle étape pour la bryologie au Bénin : consolider les données acquises, développer l’expertise nationale et faire de la connaissance des bryophytes un levier supplémentaire pour la recherche scientifique et la conservation durable du patrimoine végétal.