Et si le déchet n’était plus seulement une nuisance à éliminer, mais une ressource à valoriser ? En Afrique, la réponse à cette question passe aussi par une étape souvent négligée : le tri à la source. C’est l’un des principaux enseignements ressortis du webinaire organisé par le Réseau International Médias Énergie Environnement (RIME), le 23 septembre 2026, autour du thème « Déchets en Afrique : problème environnemental ou économie à construire ? ».
Légende : @RIME
Réunis pour échanger sur les défis et les opportunités liés à la gestion des déchets sur le continent, Moutaïrou R. BADAROU, Ingénieur en pétrochimie et Ancien Président Adjoint de l’Alliance pour le Biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre (AB/AOC), et Junior TCHITEYA, Expert en économie du climat et développement durable, ont notamment insisté sur l’importance du tri dans la chaîne de valorisation.
Le mélange des déchets, un frein à leur valorisation
Pendant longtemps, la gestion des déchets a principalement consisté à les collecter avant de les acheminer vers des dépôts ou des décharges. Mais avec le développement du recyclage et de l’économie circulaire, une nouvelle exigence s’impose : séparer les différentes matières dès leur production. « Si on veut les transformer, effectivement, dès la base, si on a une bonne organisation en matière de gestion des déchets, on peut avoir des bacs à déchets de plusieurs couleurs », a expliqué Moutaïrou R. BADAROU. Plastiques, verre, matières biodégradables ou autres catégories de déchets pourraient ainsi être séparés avant leur collecte. Pour Junior TCHITEYA, cette séparation est déterminante. « Les déchets, leur valeur, c’est quand elles deviennent des ressources », a-t-il souligné. Selon lui, chaque catégorie de déchets possède son propre itinéraire de valorisation. Les déchets organiques peuvent notamment être transformés en compost, en biogaz ou en autres produits issus de leur valorisation. À l’inverse, lorsque différentes matières sont mélangées, une partie de cette valeur disparaît. « Mais en mélangeant tout, vous perdez tout », a-t-il résumé.
Le tri commence chez le producteur du déchet
Le tri à la source ne concerne donc pas uniquement les centres de traitement ou les décharges. Il commence au niveau de ceux qui produisent les déchets : ménages, entreprises, commerces, établissements hospitaliers ou autres structures. Dans un ménage, plusieurs catégories peuvent déjà être distinguées : déchets organiques, bouteilles plastiques, verre, aluminium, papier ou encore textiles. Cette première séparation facilite ensuite le travail des collecteurs et des transformateurs. « Le tri à la base, c’est le premier stade de valorisation des déchets », a affirmé Junior TCHITEYA. Il évoque également un « deuxième tri », nécessaire pour distinguer certaines matières appartenant à une même catégorie, notamment les différents types de plastiques.
Cette organisation peut également créer de nouvelles activités économiques. Une fois les déchets correctement séparés, les collecteurs savent précisément quelles matières récupérer. Pour l’expert, un promoteur spécialisé dans le plastique pourrait ainsi intervenir dans un quartier en sachant que les bouteilles ont déjà été triées.
Les collectivités ont aussi un rôle à jouer
Si le tri doit commencer à la source, son efficacité dépend également de l’organisation de la collecte. Pour Moutaïrou R. BADAROU, les collectivités doivent assurer leur responsabilité dans l’évacuation des déchets produits par les populations. Il estime par ailleurs que la question des déchets doit être intégrée dans une véritable politique de développement urbain. La gestion des déchets solides et liquides, de l’énergie, de l’eau ou encore des véhicules hors d’usage nécessite, selon lui, une organisation globale de la ville. La question du financement ne peut, elle non plus, être dissociée de celle de la gouvernance. Pour les deux experts, disposer de ressources financières ne suffit pas si les besoins, les coûts et les responsabilités ne sont pas clairement identifiés. Omis le tri, les échanges ont surtout mis en évidence la nécessité de changer la perception du déchet. Pour Junior TCHITEYA, l’un des enjeux majeurs consiste à ne plus considérer les déchets uniquement comme un problème d’assainissement, mais également comme une ressource pouvant alimenter des chaînes de valeur. Il appelle notamment à clarifier leur statut légal afin de les positionner comme une matière première. Une évolution qui permettrait, selon lui, de mieux structurer les activités de valorisation. Pour Moutaïrou R. BADAROU, une meilleure gestion des déchets peut également contribuer au développement économique et social, notamment à travers la valorisation des matières biodégradables et le développement de nouvelles activités. Ainsi, avant même de parler de recyclage ou de transformation, une étape demeure incontournable : trier. Car dans la chaîne qui mène du déchet à la ressource, c’est à la source que commence véritablement la valorisation.