Longtemps perçus comme une nuisance à évacuer, les déchets représentent aussi une importante source de matières premières, d’emplois et de revenus. Des experts réunis lors d’un webinaire appellent les États africains à mieux organiser leur gestion, à renforcer le tri et surtout à développer les filières de recyclage et de valorisation.
Légende : Ordures
En Afrique, le problème des déchets ne se résume plus à leur accumulation dans les rues, les caniveaux ou les décharges. Derrière les tonnes d’ordures produites chaque jour se trouve également une ressource encore largement sous-exploitée. Selon les échanges tenus lors d’un webinaire consacré à la gestion des déchets, une grande partie des déchets africains est constituée de matières biodégradables pouvant être transformées en compost, en fertilisants ou encore en biogaz.
Des déchets qui peuvent créer de la valeur
Le constat est clair : le principal défi n’est pas seulement la quantité de déchets produite, mais leur gestion. Les déchets organiques issus des ménages, des marchés ou de l’agriculture peuvent notamment servir à améliorer les sols et soutenir la production agricole. Des résidus comme les troncs de bananier, les déchets de légumes ou encore les cendres de bois peuvent être valorisés dans la production de compost et d’amendements agricoles.
Cette transformation peut également ouvrir des perspectives économiques pour les jeunes et les personnes sans emploi. À petite échelle, le compostage et la valorisation des déchets peuvent devenir des activités génératrices de revenus. À une échelle plus importante, les filières industrielles de recyclage peuvent créer des emplois tout en réduisant la quantité de déchets destinés à l’enfouissement.
Le recyclage gagne du terrain
Plusieurs initiatives existent déjà sur le continent. En République démocratique du Congo, notamment à Kinshasa, des entreprises et des unités industrielles travaillent sur le recyclage des plastiques et d’autres matériaux. D’autres initiatives sont également signalées en Zambie et en Afrique du Sud. À Fungurume, une unité de recyclage du plastique est également annoncée.
Au Bénin comme dans d’autres pays africains, le développement de telles activités pourrait contribuer à structurer progressivement une économie circulaire. L’objectif serait de récupérer les matériaux avant leur rejet dans la nature, de les trier puis de les orienter vers les filières adaptées.
La gouvernance reste le principal défi
Toutefois, la valorisation des déchets ne peut pas reposer uniquement sur les initiatives individuelles. Les intervenants soulignent l’importance du rôle des collectivités et des pouvoirs publics dans l’organisation du secteur. La collecte, le tri, le traitement et le recyclage nécessitent des infrastructures, des règles claires et des mécanismes de financement.
Le tri à la source constitue également une étape déterminante. Dans les ménages, séparer les déchets organiques, plastiques, dangereux et autres catégories permettrait de faciliter leur traitement et leur valorisation. Cette démarche doit être accompagnée par une sensibilisation permanente des populations.
L’éducation, un levier essentiel
Les experts insistent ainsi sur la nécessité d’intégrer la gestion des déchets dans l’éducation de base. L’apprentissage du tri et la compréhension des risques liés à la mauvaise gestion des déchets pourraient commencer dès l’école primaire et être renforcés par des campagnes de sensibilisation auprès des communautés.
L’enjeu dépasse d’ailleurs les seuls déchets ménagers. Les déchets industriels, dangereux et gazeux nécessitent des dispositifs spécifiques. Les déchets issus de certaines activités minières ou nucléaires, par exemple, exigent une expertise particulière, des mesures de prévention et des opérations de traitement ou de réhabilitation des sites contaminés.
Une opportunité pour l’Afrique
Au-delà de la question environnementale, la gestion des déchets apparaît donc comme un enjeu économique et social. Les solutions peuvent être communautaires, entrepreneuriales ou industrielles, selon les volumes et les ressources disponibles. Les sites d’enfouissement, lorsqu'ils sont nécessaires, doivent eux aussi être contrôlés et intégrés dans une stratégie globale de gestion, avec la possibilité de récupérer notamment le biogaz pour produire de l’énergie.
Au terme du webinaire, un message domine : l’Afrique gaspille une ressource qu’elle pourrait transformer en richesse. Pour y parvenir, les experts appellent à davantage de connaissances, de sensibilisation et surtout d’engagement des pouvoirs publics. Une meilleure gouvernance des déchets pourrait ainsi réduire les risques environnementaux, soutenir l’agriculture, créer des emplois et faire émerger de nouvelles activités économiques autour de l’économie circulaire.