Réunis à Cotonou le 22 septembre 2026 dans le cadre de la revue de performance du secteur agricole, les acteurs de la filière ont passé au crible les résultats enregistrés en 2025. Si le Bénin affiche des performances importantes en matière de production, d’exportation et d’investissements publics, plusieurs défis persistent, notamment l’accès au financement, aux intrants, aux technologies et aux marchés. Au cœur des échanges, une question : comment faire en sorte que les progrès du secteur améliorent davantage les conditions de vie des producteurs ?
Légende : Agriculture
L’agriculture béninoise peut se prévaloir de résultats significatifs, mais elle doit encore relever un défi majeur : transformer ses performances globales en bénéfices concrets pour ceux qui travaillent la terre. C’est l’un des principaux enseignements de la revue de performance du secteur agricole, tenue le 22 septembre 2026 à Cotonou.
Pilier de l’économie nationale, le secteur agricole a représenté environ 25,4 % du PIB en 2025 et généré 59,1 % des recettes nationales d’exportation, selon les données présentées lors de la rencontre. Sur le plan continental, le Bénin s’est également distingué dans le cadre de la revue biennale des engagements de Malabo sur la période 2015-2025, en se classant premier dans l’espace CEDEAO et cinquième en Afrique.
Des performances qui témoignent des investissements réalisés
Sur le terrain, plusieurs indicateurs témoignent également des progrès enregistrés. 69 communes couvrent de manière satisfaisante leurs besoins alimentaires, tandis que les conflits entre agriculteurs et éleveurs ont enregistré une baisse de 42,8 %.
L’effort budgétaire consacré au secteur constitue également un autre indicateur important. En 2025, les dépenses publiques destinées à l’agriculture ont représenté 10,93 % des dépenses de l’État, permettant au Bénin de dépasser l’engagement pris dans le cadre de la Déclaration de Malabo.
Les partenaires techniques et financiers ont, eux aussi, renforcé leur implication. Leur engagement financier dans le secteur a progressé de 15,2 % en 2025.
Ces résultats sont présentés comme le fruit des investissements, des réformes et des actions engagées ces dernières années pour moderniser l’agriculture et renforcer sa contribution à l’économie nationale.
Mais derrière les chiffres, des producteurs encore confrontés aux difficultés
Malgré ces acquis, les acteurs du secteur estiment que plusieurs obstacles continuent de freiner la transformation de l’agriculture. L’accès aux intrants, au financement, au conseil agricole et aux innovations demeure notamment une préoccupation.
Le président de la Chambre nationale d’agriculture du Bénin (CNAB), Hermann Imali Djetta, a également évoqué les difficultés liées à l’évacuation des productions vers les unités de transformation. La valorisation des infrastructures existantes et la structuration des organisations professionnelles figurent également parmi les défis à relever.
L’accès à l’information agricole apparaît par ailleurs comme un enjeu déterminant. Pour être réellement utile, cette information doit parvenir au producteur au bon moment, dans un langage accessible et surtout répondre à ses besoins concrets.
La CNAB appelle ainsi à renforcer la coordination entre les différents acteurs et à mieux structurer les interprofessions dans les principales filières agricoles.
Le climat impose de nouvelles réponses
À ces difficultés structurelles s’ajoutent les effets du changement climatique. Les producteurs doivent désormais composer avec des conditions météorologiques plus incertaines, qui peuvent affecter les rendements, les calendriers agricoles et les revenus.
Face à cette situation, les acteurs préconisent notamment l’utilisation de semences adaptées, de technologies climato-intelligentes et de pratiques agroécologiques. La maîtrise de l’eau apparaît également comme un chantier prioritaire pour sécuriser davantage la production.
La mécanisation, l’accès aux bio-intrants et l’amélioration des facteurs de production constituent autant de leviers identifiés pour renforcer la résilience des exploitations.
« Pour qui travaillons-nous ? »
Au-delà des statistiques, le ministre de l’Agriculture, Adin Yeton Goubalan, a voulu recentrer les débats sur la finalité des politiques agricoles. « Pour qui travaillons-nous ? », a-t-il lancé aux différents acteurs présents à la rencontre.
Pour le ministre, mesurer la performance du secteur uniquement à travers les volumes produits ou les montants investis ne suffit pas. Les résultats doivent également être appréciés à l’aune des conditions de vie des agriculteurs, éleveurs et autres acteurs des chaînes de valeur.
L’enjeu est donc de mieux relier les investissements réalisés aux réalités du terrain : accès aux technologies, financement, conseil agricole, marchés, équipements, semences et maîtrise de l’eau.
« Les producteurs souffrent beaucoup », a-t-il reconnu, estimant que les investissements engagés ne produisent pas encore suffisamment d’effets perceptibles au niveau des acteurs à la base.
Vers une action mieux coordonnée
Les partenaires techniques et financiers entendent pour leur part inscrire leurs interventions dans les priorités définies pour le secteur. Olivier Krins, directeur d’Enabel au Bénin et chef de file des partenaires techniques et financiers, a insisté sur la nécessité de renforcer l’alignement, la coordination, la redevabilité et l’inclusion.
L’objectif affiché est notamment d’éviter les doublons, de concentrer les ressources sur les priorités du secteur et d’associer davantage les producteurs, les organisations paysannes, le secteur privé, les femmes et les jeunes au dialogue agricole.
Au terme de cette revue, le Bénin dispose donc d’un double constat : des indicateurs encourageants, mais encore un écart à réduire entre les performances nationales et la réalité quotidienne des producteurs. La prochaine étape consiste désormais à faire en sorte que les investissements, les réformes et les politiques agricoles se traduisent davantage par des revenus, une meilleure résilience et des conditions de vie améliorées pour les acteurs à la base.