Dans le 12e arrondissement de Cotonou, plusieurs habitants de Fidjrossè-Kpota disent vivre depuis plusieurs mois avec une eau potable disponible surtout la nuit et à des horaires irréguliers. Pour s’approvisionner durant la journée, certains parcourent le quartier à la recherche d’un robinet fonctionnel. Face à cette situation, un riverain équipé d’un surpresseur ouvre gratuitement ses robinets chaque dimanche pour permettre à ses voisins de remplir leurs bidons et bassines.
Légende : Rupture d'eau
À Fidjrossè-Kpota, le simple fait d’avoir de l’eau au robinet est devenu une affaire de patience, d’organisation et parfois de solidarité. Depuis plusieurs mois, des habitants rencontrés sur place rapportent que l’eau de la Société nationale des eaux du Bénin (SONEB) n’arrive dans certains foyers qu’au cours de la nuit, avec des horaires qui varient d’un jour à l’autre.
Pourtant, les branchements et compteurs de la SONEB sont bien présents dans plusieurs concessions. Le problème, selon les témoignages recueillis par Africaho le 21 septembre 2026, réside surtout dans la disponibilité du précieux liquide durant la journée. Une situation qui oblige des ménages à modifier leurs habitudes pour parvenir à constituer leurs réserves.
Des bassines à la recherche d’un robinet
Dans les ruelles de Fidjrossè-Kpota, la difficulté se mesure surtout aux déplacements imposés aux habitants. Bassines et bidons en main, certains doivent aller de maison en maison pour trouver un point d’eau disponible.
« Nous souffrons depuis des années dans ce quartier avec la disponibilité de l’eau potable. Malgré les compteurs de la SONEB dans nos maisons, nous avons rarement de l’eau et c’est difficile », témoigne Emmanuel Mèhou, mécanicien automobile et agent d’entretien.
Même constat chez Martine Ayéchémi, couturière dans le quartier. « Il faut parcourir, bassine sur la tête, maison en maison pour avoir l’eau potable. Que les autorités nous aident », déplore-t-elle.
Au-delà de la contrainte quotidienne, cette situation pose la question de la continuité du service d’eau potable dans les zones urbaines et périurbaines. La SONEB indique elle-même que la demande en eau est particulièrement forte dans les grandes villes, notamment à Cotonou, où les capacités de production et la desserte restent des enjeux importants.
À 5h30, une file se forme déjà chez un voisin
Dans ce contexte, la solidarité entre riverains devient une solution de proximité. Djèmil Malèhossou, habitant du quartier disposant d’un surpresseur, a choisi d’ouvrir gratuitement ses robinets au voisinage chaque dimanche.
Des robinets installés à l’extérieur de son domicile permettent ainsi aux habitants de venir remplir leurs récipients. Le dimanche 21 septembre, dès 5h30, une file s’était déjà formée devant la maison. Femmes, jeunes et enfants attendaient avec jerricans et bassines à la main.
Cette scène illustre l’importance prise par l’entraide face aux difficultés d’accès à l’eau. Pour Martine Ayéchémi, le geste de ce voisin mérite d’être salué et pourrait inspirer d’autres personnes disposant de moyens similaires.
Mais cette solidarité, aussi utile soit-elle, ne peut remplacer durablement un service public régulier. Elle constitue davantage une réponse ponctuelle à une difficulté qui appelle une solution structurelle.
Les surpresseurs, une solution qui doit respecter des règles
Dans certains quartiers où la pression du réseau est insuffisante, des ménages installent des surpresseurs afin d’améliorer l’alimentation de leurs installations intérieures. Toutefois, leur utilisation est encadrée.
Le règlement du service de distribution d’eau potable de la SONEB prévoit notamment des dispositions spécifiques concernant les installations privées des abonnés. La SONEB rappelle également que les installations intérieures peuvent avoir des conséquences sur le fonctionnement du réseau et fait régulièrement des recommandations sur l’installation et l’utilisation sécurisée des surpresseurs.
L'enjeu est notamment d'éviter qu'une installation individuelle ne perturbe la distribution ou ne porte préjudice au réseau. La SONEB consacre d'ailleurs plusieurs ressources à l'information des usagers sur les risques liés à une mauvaise installation des surpresseurs.
Une attente désormais tournée vers une réponse durable
À Fidjrossè-Kpota, les robinets ouverts chaque dimanche par un riverain apportent un soulagement concret à plusieurs familles. Mais derrière cette initiative se trouve une préoccupation plus large : comment garantir une disponibilité régulière de l’eau potable aux ménages qui disposent déjà d’un branchement ?
Pour les habitants rencontrés, l’urgence est de pouvoir compter sur leur propre robinet, à toute heure raisonnable de la journée, sans devoir transporter des bassines sur plusieurs centaines de mètres.
La solidarité de voisinage montre aujourd’hui qu’une communauté peut trouver ses propres réponses face aux difficultés. Elle rappelle surtout qu’un accès régulier à l’eau potable reste essentiel au quotidien des populations. À Fidjrossè-Kpota, les habitants attendent désormais que cette solidarité puisse laisser progressivement place à une solution durable de distribution, permettant à chacun de disposer de l’eau potable dans des conditions normales.