Seize mois après la fin du contrat avec Karpowership, la Gambie traverse une nouvelle crise électrique marquée par des coupures pouvant atteindre 48 heures dans certaines zones. La baisse de la production hydroélectrique régionale, liée notamment aux conditions hydrologiques, la hausse de la demande et les difficultés d’approvisionnement en combustibles mettent à l’épreuve le modèle énergétique du pays. Face à cette vulnérabilité, le développement du solaire apparaît parmi les pistes avancées pour diversifier durablement le système électrique.
Légende : Panneau solaire
La crise électrique que traverse actuellement la Gambie met en lumière les fragilités d’un système fortement dépendant des ressources et des capacités de production extérieures. Depuis plusieurs jours, des coupures prolongées affectent des ménages et des entreprises, avec des interruptions pouvant atteindre 48 heures dans certaines zones. Les 7 et 8 septembre, ces pénuries ont également provoqué des manifestations à Banjul et dans plusieurs localités du pays.
Cette situation intervient environ seize mois après la fin du contrat entre la National Water and Electricity Company (NAWEC) et Karpowership. L’accord avec l’opérateur turc, arrivé à échéance le 2 mai 2025, n’avait pas été renouvelé par la compagnie publique, qui souhaitait notamment réduire sa dépendance à cette solution et privilégier d’autres sources d’approvisionnement.
La dépendance régionale mise à l’épreuve
Après le départ de Karpowership, la Gambie s’est davantage appuyée sur les importations d’électricité à travers les infrastructures régionales de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG). Cette stratégie devait permettre de disposer d’une électricité moins coûteuse tout en limitant le recours aux moyens de production thermiques fonctionnant aux combustibles fossiles.
Mais le modèle se retrouve aujourd’hui confronté à un facteur environnemental majeur : la disponibilité de l’hydroélectricité régionale. Le président Adama Barrow a indiqué que les conditions saisonnières avaient réduit la production hydroélectrique disponible via l’OMVG. La baisse des pluies affecte en effet les ressources hydriques nécessaires au fonctionnement des barrages.
Cette situation illustre un enjeu de plus en plus important pour les systèmes électriques africains : les effets des variations climatiques et hydrologiques peuvent directement affecter la disponibilité de l’électricité lorsque les réseaux dépendent fortement de l’hydroélectricité régionale.
À cette contrainte s’ajoutent une demande électrique élevée, des défaillances d’équipements et des difficultés liées aux combustibles. NAWEC a notamment évoqué une hausse de la consommation durant la période de fortes chaleurs, tandis que l’entreprise a également dû recourir à des capacités thermiques d’urgence pour compenser les déficits temporaires.
Sortir progressivement de la vulnérabilité énergétique
La crise actuelle remet ainsi au premier plan la question de la diversification du mix électrique gambien. L’objectif n’est plus seulement de disposer de davantage de capacité, mais de construire un système moins exposé aux variations d’une seule source de production ou aux contraintes des réseaux régionaux.
Dans cette perspective, le solaire constitue l’une des pistes mises en avant par les autorités. Le gouvernement a annoncé l’attribution d’un contrat pour la construction d’une centrale solaire de 50 MW à Soma. Selon le président Barrow, le promoteur doit prochainement commencer la mobilisation des ressources nécessaires au lancement des travaux.
Le solaire pourrait notamment contribuer à répondre à une partie de la demande pendant la journée et à réduire la pression exercée sur les groupes thermiques. Le président gambien a d’ailleurs souligné que la production solaire pouvait prendre en charge une partie de la demande diurne et permettre de préserver les moyens conventionnels pour les périodes de forte consommation en soirée.
Une capacité supplémentaire de 24 MW attendue à Brikama
À court terme, les autorités misent toutefois aussi sur le renforcement de la production conventionnelle. Une unité supplémentaire de 24 MW est en cours d’installation à la centrale de Brikama et doit être mise en service d’ici fin octobre 2026. Le gouvernement présente cette capacité comme une mesure destinée à réduire les délestages et à améliorer la disponibilité de l’électricité.
Cette réponse d’urgence montre la difficulté de la transition énergétique dans un pays confronté simultanément à une demande croissante et à des contraintes de production. Le renforcement des capacités thermiques peut apporter une réponse immédiate, mais le développement d’infrastructures renouvelables apparaît nécessaire pour réduire progressivement la dépendance aux combustibles et améliorer la résilience du système.
Le solaire comme levier de résilience
La Gambie dispose ainsi d’une opportunité pour tirer les enseignements de la crise actuelle. Le développement de nouvelles capacités solaires, associé au renforcement des réseaux et à des solutions de stockage, pourrait permettre de mieux exploiter les ressources renouvelables disponibles sur le territoire.
L’enjeu est particulièrement important dans un contexte où les systèmes électriques ouest-africains sont de plus en plus exposés à la hausse de la demande, aux contraintes sur les combustibles et aux variations des ressources hydriques. La diversification des sources de production peut contribuer à limiter ces risques.
Le défi pour la Gambie consiste désormais à transformer les mesures d’urgence en stratégie de long terme. Le renforcement de la production nationale, l’accélération du solaire et l’amélioration des infrastructures pourraient progressivement réduire la vulnérabilité du pays aux chocs extérieurs et aux aléas climatiques.
La crise actuelle rappelle ainsi qu’une transition énergétique ne se résume pas à remplacer une technologie par une autre. Elle implique également de construire un système électrique plus diversifié, plus résilient et mieux adapté aux contraintes environnementales et climatiques.