AFRIQUE DU SUD : La Norvège sécurise les revenus d’un projet solaire de 255 MW

Pour faciliter le développement des énergies renouvelables en Afrique du Sud, la Norvège met en place une garantie publique destinée à sécuriser les revenus d’une future centrale solaire de 255 MW. Le dispositif, porté au bénéfice de Lyra Energy, doit réduire les risques liés au paiement de l’électricité vendue aux entreprises et favoriser ainsi la mobilisation de capitaux privés. Une initiative qui illustre le rôle croissant des mécanismes de garantie dans le financement de la transition énergétique africaine.

Energie Légende : Energie

La sécurisation des investissements apparaît de plus en plus comme un levier essentiel pour accélérer le développement des énergies renouvelables en Afrique. En Afrique du Sud, la Norvège entend contribuer à cette dynamique en apportant une garantie publique à un projet solaire destiné à alimenter directement des entreprises.

Oslo accordera ainsi une garantie pouvant atteindre 150 millions de couronnes norvégiennes, soit environ 16 millions de dollars, à Lyra Energy, une plateforme de vente d’électricité codétenue par Scatec, Standard Bank et Stanlib. Annoncé le 14 septembre, le mécanisme doit couvrir le risque de non-paiement des entreprises qui achèteront l’électricité produite par la future centrale solaire Thakadu, d’une puissance de 255 MW.

Réduire les risques pour accélérer les investissements verts

Cette garantie intervient dans un contexte où le financement demeure l’un des principaux défis du développement des infrastructures d’énergies propres dans les pays émergents. En apportant une couverture contre certains risques liés aux revenus, les mécanismes publics peuvent contribuer à rassurer les investisseurs et les établissements financiers.

Le dispositif norvégien constitue à ce titre une nouvelle approche pour soutenir la transition énergétique. Doté d’une enveloppe globale de 5 milliards de couronnes norvégiennes, il vise à mobiliser davantage de capitaux privés en faveur des énergies renouvelables dans les pays en développement.

Le projet sud-africain constitue d’ailleurs le premier accord conclu avec une entreprise privée dans le cadre de ce mécanisme norvégien de garanties consacré aux énergies renouvelables. L’objectif est de partager une partie des risques qui peuvent freiner les investissements privés dans des infrastructures énergétiques de grande envergure.

Cette logique rejoint les analyses de l’Agence internationale de l’énergie, selon lesquelles les risques liés aux paiements et aux revenus constituent un frein au financement des projets d’énergies propres. Des garanties adaptées peuvent contribuer à réduire ces risques et à faciliter l’arrivée de nouveaux investisseurs sur les marchés émergents.

Thakadu, un projet déjà engagé

La garantie norvégienne ne vient toutefois pas lancer le projet Thakadu. Celui-ci avait déjà franchi plusieurs étapes importantes avant l’annonce du soutien d’Oslo.

En février, Lyra Energy avait conclu des contrats d’achat d’électricité avec trois clients commerciaux et industriels. Ces accords doivent permettre d’assurer une partie importante des débouchés de la production future de la centrale.

Quelques semaines plus tard, en mars, Scatec avait annoncé la clôture financière du projet ainsi que le démarrage des travaux. La garantie intervient donc dans le cadre d’une infrastructure dont le financement a déjà été structuré et dont la construction est engagée.

Le projet représente un investissement d’environ 4 milliards de rands, soit près de 244,9 millions de dollars. Son financement repose sur une combinaison de dette sans recours et de fonds propres, avec un ratio d’endettement ciblé à 80 %. Standard Bank intervient comme prêteur senior.

Une centrale solaire destinée au secteur privé

Avec ses 255 MW, la centrale Thakadu doit renforcer l’offre d’électricité renouvelable destinée au secteur commercial et industriel sud-africain. Son modèle repose notamment sur des contrats conclus directement avec des entreprises, permettant à ces dernières d’accéder à une électricité produite à partir d’une source renouvelable.

Cette orientation accompagne l’évolution du marché électrique sud-africain, marqué par une progression des projets solaires et éoliens et par une participation croissante des producteurs privés. Elle contribue également à diversifier les sources d’approvisionnement électrique dans un pays historiquement dépendant du charbon.

Au-delà de la capacité de production ajoutée, le projet illustre ainsi une autre dimension de la transition énergétique : la nécessité de mettre en place des modèles financiers capables de rendre les infrastructures renouvelables plus attractives pour les investisseurs.

Une mise en service prévue en 2027

La première phase de Thakadu doit entrer en service au premier semestre 2027. À cette échéance, la centrale devrait contribuer à accroître la part de l’électricité solaire dans l’approvisionnement des entreprises concernées.

Pour la Norvège, l'enjeu dépasse donc le seul financement d’une infrastructure. À travers son mécanisme de garantie, le pays cherche à démontrer que la réduction des risques peut faciliter l’intervention du secteur privé dans les énergies renouvelables.

L’expérience sud-africaine pourrait ainsi contribuer à alimenter la réflexion sur les moyens de mobiliser davantage de financements privés pour les infrastructures énergétiques propres en Afrique, où les besoins d’investissement restent considérables pour accompagner la transition vers des systèmes électriques plus diversifiés et moins dépendants des énergies fossiles.


Partager :