AFRIQUE DU SUD : Le charbon maintient le réseau à flot malgré l’essor des renouvelables

L’Afrique du Sud améliore progressivement la fiabilité de son système électrique, mais cette embellie reste encore largement soutenue par ses centrales à charbon. Alors que les énergies renouvelables et la production privée prennent une place croissante dans le mix électrique, le pays continue de s’appuyer sur un parc fossile dont le maintien pose des enjeux environnementaux et climatiques. Pretoria cherche ainsi à concilier sécurité énergétique à court terme et transformation progressive de son modèle électrique.

Energie fossiles Légende : Energie fossiles

L’amélioration de la situation électrique en Afrique du Sud ne signifie pas encore la fin de la dépendance au charbon. Malgré la progression rapide des énergies renouvelables, les centrales thermiques continuent de jouer un rôle central dans la stabilité du réseau. Depuis le début de l’exercice financier 2027, les centrales de Kusile et Medupi affichent notamment des niveaux de disponibilité élevés, respectivement autour de 90 % et 85 %, contre 67,78 % pour l’ensemble du parc d’Eskom au 10 septembre.

Avec une capacité installée cumulée de 9 600 MW, les deux infrastructures fournissent actuellement environ 6 583 MW de capacité disponible. Elles représentent ainsi plus de 20 % de la capacité disponible de l’électricien public sud-africain. Cette performance contribue directement à renforcer la continuité de l’approvisionnement électrique dans un pays qui a longtemps été confronté à des épisodes répétés de délestage.

Une amélioration de la fiabilité, mais une dépendance persistante aux fossiles

Le redressement du système électrique sud-africain s’accompagne d’une amélioration des performances du parc existant. Le facteur de disponibilité énergétique d’Eskom a atteint son meilleur niveau depuis six ans, tandis que les indisponibilités imprévues ont diminué.

La baisse des dépenses consacrées au diesel constitue également un autre indicateur de cette amélioration. Entre avril et le début du mois de septembre, ces dépenses ont reculé de plus de 80 % sur un an. Dans le même temps, le pays a dépassé 480 jours consécutifs sans délestage.

Ces résultats traduisent une meilleure stabilité du système électrique. Toutefois, ils mettent également en évidence un paradoxe : une partie de ces progrès repose sur la remise en performance de centrales à charbon, alors même que ce combustible figure parmi les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre du secteur énergétique.

Le défi environnemental consiste donc à améliorer la disponibilité de l’électricité sans prolonger indéfiniment la dépendance à une source d’énergie fortement émettrice de carbone.

Plus de 220 GW de renouvelables en développement

Parallèlement au maintien du parc charbonnier, le paysage énergétique sud-africain évolue rapidement. Le gouvernement recensait, à la fin du mois de mars, plus de 220 GW de projets d’énergies renouvelables en développement. Parmi eux, environ 36 GW avaient déjà engagé le processus de raccordement au réseau.

Cette dynamique traduit une volonté de diversifier progressivement les sources de production électrique. Le solaire et l’éolien doivent notamment contribuer à réduire la dépendance aux centrales thermiques et à accompagner l’évolution du système énergétique.

L’Integrated Resource Plan 2025 prévoit ainsi que l’essentiel des nouvelles capacités électriques ajoutées jusqu’en 2039 provienne des énergies renouvelables. Le document prévoit également une accélération du retrait du parc charbonnier à partir de 2029.

Cette orientation marque une évolution importante du modèle énergétique sud-africain. Elle suppose cependant de développer en parallèle les infrastructures nécessaires à l’intégration des énergies variables, notamment les capacités de stockage, les réseaux de transport et les moyens permettant d’assurer l’équilibre entre l’offre et la demande.

Le secteur privé prend une place croissante

La transformation du marché électrique sud-africain repose également sur l’augmentation de la production privée. Le développement de nombreux projets renouvelables permet progressivement de diversifier les acteurs du secteur et d’élargir les capacités disponibles en dehors du parc traditionnel d’Eskom.

Cette ouverture peut accélérer le déploiement des énergies propres et contribuer à la transformation du mix électrique. Elle nécessite néanmoins une adaptation du réseau afin d’intégrer efficacement des installations renouvelables réparties sur différents territoires.

L’enjeu n’est donc plus uniquement de produire davantage d’électricité. Il s’agit aussi de construire un système capable d’intégrer des sources de production diversifiées tout en maintenant la stabilité du réseau.

Sortir progressivement du charbon sans fragiliser l’approvisionnement

L’Afrique du Sud se trouve ainsi confrontée à un double impératif. À court terme, la disponibilité des centrales à charbon contribue à sécuriser l’approvisionnement et à maintenir la stabilité du réseau. À plus long terme, la progression des renouvelables doit permettre de réduire progressivement le poids des combustibles fossiles dans la production électrique.

La réussite de cette transition dépendra notamment de la capacité du pays à développer suffisamment rapidement les nouvelles infrastructures énergétiques. Le stockage de l’électricité, la modernisation des réseaux et la diversification des capacités de production seront déterminants pour accompagner le retrait progressif des centrales à charbon.

L’amélioration actuelle de la fourniture électrique constitue donc une étape importante, mais elle ne règle pas à elle seule le défi environnemental. L’Afrique du Sud doit désormais transformer cette stabilité retrouvée en opportunité pour accélérer la transition vers un système électrique moins carboné, tout en évitant qu’une sortie trop rapide du charbon ne compromette la sécurité énergétique.


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