Souvent négligés, les vers de terre jouent un rôle essentiel dans la préservation des écosystèmes terrestres. En transformant la matière organique, en facilitant l’infiltration de l’eau et en améliorant la structure des sols, ces organismes contribuent à la fertilité des terres agricoles. Pourtant, certaines pratiques, notamment le labour intensif, les feux de résidus et l’usage excessif de produits chimiques, menacent leur survie et fragilisent les équilibres naturels indispensables à une agriculture durable.
Légende : Vers de terre
Sous les pieds des producteurs se déroule une activité biologique déterminante pour la santé des sols. Les vers de terre, des animaux invertébrés appartenant au groupe des annélides, y creusent des galeries, se nourrissent de matières organiques et participent à la transformation des éléments nutritifs. Leur présence contribue au fonctionnement des écosystèmes terrestres et au maintien de la fertilité des terres agricoles.
En consommant des feuilles mortes, des résidus de cultures et des déjections animales en décomposition, ces organismes favorisent la formation d’une matière organique riche en éléments nutritifs. Leurs déplacements dans le sol créent également des galeries qui facilitent l’aération, améliorent la circulation de l’eau et permettent aux racines de mieux se développer.
Pour le zootechnicien Guy Apollinaire Mensah, les vers de terre sont de véritables « ingénieurs du sol ». Il les présente comme des « bioréacteurs naturels » capables de contribuer à l’ameublissement des terres et de favoriser la croissance de la végétation. Une fonction que certains producteurs observent directement dans leurs champs. « La présence des vers de terre dans la terre ou sous le sol permet la fertilité du champ. Quand on produit le maïs, cela donne un bon rendement », affirme Victorien Ogo, président de l’Union communale des producteurs de Ouinhi, dans le département du Zou.
Une activité biologique qui dépasse le simple travail du sol
L’action des vers de terre ne se résume toutefois pas au creusement de galeries. Elle s’inscrit dans un réseau complexe d’interactions entre les organismes qui vivent dans le sol, notamment les bactéries et les champignons. Ensemble, ces acteurs participent à la décomposition de la matière organique et au recyclage des nutriments nécessaires aux plantes.
Selon le chercheur en écologie Moïse Eumangueta, les vers de terre jouent un rôle d’activateur dans ce processus. « Le ver est comme un activateur. Sur son corps, il produit un mucus qui favorise l’activité des bactéries présentes dans le milieu. Ce sont ensuite ces bactéries qui assurent une grande partie de la décomposition de la matière organique », explique-t-il.
Cette interaction biologique contribue à maintenir la qualité des sols et à soutenir leur capacité à fournir des nutriments aux cultures. Elle rappelle également que la fertilité d’une terre ne dépend pas uniquement des apports extérieurs, mais aussi de la diversité des organismes qui y vivent.
Le vermicompostage : quand les déchets deviennent une ressource
Le rôle écologique des vers de terre s’étend au-delà des parcelles agricoles. Ces organismes sont également utilisés dans le vermicompostage, une technique de valorisation des déchets organiques qui permet de produire un fertilisant naturel.
Le procédé consiste à faire intervenir certaines espèces de vers de terre dans la transformation de matières organiques préalablement préparées. D’après Moïse Eumangueta, le processus commence généralement par un compostage classique. Une fois que la température du milieu a suffisamment diminué, les vers sont introduits pour poursuivre la décomposition pendant une période pouvant aller d’un à deux mois, selon les conditions.
Les fientes de volaille, les déchets d’élevage et les résidus végétaux peuvent ainsi connaître une seconde vie. Grâce à leur activité biologique, les vers contribuent à améliorer la qualité du compost et à transformer des déchets en ressources utiles pour les sols. Cette pratique s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, puisqu’elle réduit le gaspillage de matières organiques et favorise le retour des nutriments à la terre.
Cependant, l’efficacité du vermicompostage dépend de la qualité des déchets utilisés, des conditions de température et d’humidité, ainsi que de la nature du milieu d’application. La technique doit donc être adaptée aux caractéristiques des matières à traiter.
Des pratiques agricoles qui fragilisent la vie souterraine
Malgré leur importance écologique, les populations de vers de terre sont exposées à plusieurs menaces. La destruction des résidus de récolte par le feu, le travail intensif du sol et l’utilisation excessive de produits phytosanitaires peuvent perturber leur habitat et réduire les ressources organiques dont ils dépendent.
Le labour profond, en particulier, peut dégrader les galeries et modifier les conditions de vie des organismes souterrains. De leur côté, certains pesticides peuvent affecter directement ou indirectement les populations de vers de terre, selon les substances utilisées, les doses et les conditions d’exposition. Les herbicides, en réduisant la végétation présente à la surface du sol, peuvent également limiter les ressources alimentaires disponibles.
L’usage excessif d’engrais minéraux peut, lui aussi, modifier les caractéristiques chimiques du sol et perturber les organismes qui y vivent. Ces pressions s’ajoutent aux effets de la dégradation des terres, de l’érosion et des changements climatiques, qui menacent déjà la biodiversité des écosystèmes agricoles.
Préserver les vers de terre pour protéger les sols
Face à ces défis, la protection des vers de terre apparaît comme un enjeu de conservation de la biodiversité et de gestion durable des terres. Les spécialistes recommandent notamment de limiter le labour profond, de réduire le recours systématique aux produits chimiques et de maintenir, autant que possible, les résidus végétaux dans les champs.
L’utilisation du compost, du fumier bien décomposé et d’autres amendements organiques peut également contribuer à améliorer les conditions de vie de ces organismes. Ces pratiques favorisent le maintien de la matière organique, soutiennent l’activité biologique et participent à la restauration de la structure des sols.
Préserver les vers de terre, c’est donc protéger des travailleurs invisibles dont l’activité contribue à la fertilité des terres, à la régulation de l’eau et au fonctionnement des écosystèmes. Leur présence constitue un indicateur précieux de la vie du sol et rappelle qu’une agriculture durable passe aussi par la conservation de la biodiversité souterraine.