HYDROGÈNE VERT ET AGRICULTURE : 3,6 millions de dollars pour faire émerger une production locale d’engrais verts en Namibie

En Namibie, le projet Dâures Green Fertiliser franchit une nouvelle étape avec un engagement de financement pouvant atteindre 3,6 millions de dollars. Implanté dans la région d’Erongo, le projet veut s’appuyer sur le solaire, l’éolien et le stockage d’électricité pour produire localement de l’ammoniac vert et du sulfate d’ammonium. À terme, cette initiative entend contribuer à renforcer l’accès aux engrais et à soutenir les besoins agricoles du marché namibien et régional.

HYDROGÈNE VERT ET AGRICULTURE Légende : HYDROGÈNE VERT ET AGRICULTURE

La Namibie poursuit ses ambitions dans le développement de l’hydrogène vert, tout en cherchant à orienter une partie de cette production vers les besoins de son économie locale. Le projet Dâures Green Fertiliser, porté dans la région d’Erongo, vient ainsi de franchir une nouvelle étape avec la mobilisation annoncée de ressources destinées à accélérer son développement.

SDG Namibia One a annoncé, jeudi 10 septembre, la signature d’un accord avec Enersense Energy Namibia pour apporter jusqu’à 3,6 millions de dollars au projet. Cette enveloppe s’inscrit dans un budget global de développement pouvant atteindre 7,07 millions de dollars.

Les ressources mobilisées avec le soutien de l’Union européenne, à travers l’initiative Global Gateway, et d’Invest International permettront notamment de financer les différentes études nécessaires à l’avancement du projet. Elles couvriront les études d’ingénierie, les évaluations environnementales et sociales, les procédures d’obtention des permis ainsi que les activités liées au développement commercial.

L’enjeu est également de sécuriser suffisamment tôt les débouchés commerciaux. Les promoteurs cherchent notamment à transformer l’intérêt manifesté par des acheteurs potentiels en contrats d’achat suffisamment solides pour renforcer la bancabilité du projet et faciliter son financement à plus grande échelle.

Un projet alimenté par les renouvelables

Dâures Green Fertiliser repose sur un important dispositif de production d’électricité renouvelable. Le projet prévoit 60 MW de capacité solaire et 10 MW d’éolien, associés à un système de stockage de 65 MWh. Cette énergie doit alimenter un électrolyseur de 40 MW, destiné à produire l’hydrogène nécessaire à la fabrication d’engrais verts.

À pleine capacité, l’installation devrait pouvoir produire jusqu’à 20 000 tonnes d’ammoniac vert et 80 000 tonnes de sulfate d’ammonium par an. L’objectif est donc de valoriser localement l’électricité renouvelable et l’hydrogène pour développer une production d’engrais moins dépendante des combustibles fossiles.

Le calendrier prévoit un closing financier au deuxième trimestre 2028, avant un démarrage commercial attendu au premier trimestre 2030.

« Nous fournissons le capital de développement à un stade précoce et l’appui au co-développement nécessaires pour faire progresser le projet vers la bancabilité », a déclaré Mercia Geises, directrice générale de Namibia Hydrogen Fund Managers.

Réduire la dépendance aux importations

Le positionnement de Dâures se distingue de celui d’une grande partie des projets d’ammoniac bas-carbone annoncés sur le continent africain. Selon le Global Hydrogen Review 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), plus de 80 % des capacités d’ammoniac annoncées en Afrique sont destinées à l’exportation.

À l’inverse, Dâures entend privilégier des débouchés locaux et régionaux. Cette orientation intervient alors que la consommation d’engrais en Afrique reste relativement faible, représentant environ un sixième de la moyenne mondiale.

Dans ce contexte, le développement d’une capacité locale de production d’ammoniac et d’engrais pourrait répondre à plusieurs enjeux. Il pourrait d’abord améliorer la disponibilité des engrais azotés pour les agriculteurs. Ensuite, une production implantée sur le continent permettrait de réduire l’exposition des pays africains aux variations des cours internationaux et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.

Au-delà de la dimension industrielle, le projet Dâures illustre ainsi une tendance émergente : utiliser les ressources renouvelables pour produire non seulement de l’électricité ou de l’hydrogène, mais également des intrants agricoles destinés à renforcer les capacités productives locales.

Si le calendrier est respecté, la mise en service de l’installation à l’horizon 2030 pourrait donc placer la Namibie parmi les pays africains cherchant à articuler transition énergétique, industrialisation et sécurité alimentaire autour de la production d’engrais verts.


Partager :