TRANSITION ÉNERGÉTIQUE ET RENFORCEMENT DU RÉSEAU ÉLECTRIQUE : Lomé prépare une centrale thermique bifuel de 120 MW pour répondre à l’explosion de la demande

Face à une consommation d’électricité qui progresse d’environ 10 % par an, le Togo prépare la construction d’une nouvelle centrale thermique de 120 MW à Lomé. Fonctionnant principalement au gaz naturel avec la possibilité de recourir à un combustible liquide en appoint, cette infrastructure doit renforcer la capacité pilotable du réseau national. Soutenu financièrement par la Banque mondiale, le projet soulève toutefois l’enjeu de la conciliation entre sécurisation de l’approvisionnement électrique et accélération de la transition énergétique.

Centrale thermique Légende : Centrale thermique

Le Togo veut accroître ses capacités de production pour accompagner la progression rapide de la demande d’électricité. Dans la capitale, Lomé, un projet de centrale thermique à double combustible d’une puissance de 120 MW est en préparation sur le site de la Centrale Thermique de Lomé.

Le projet a été annoncé par le ministère délégué chargé de l’Énergie à travers un Avis de Mobilisation Anticipée de Marché. Cette démarche constitue une étape préalable à la sélection du futur opérateur chargé de réaliser et d’exploiter l’infrastructure.

L’urgence de renforcer l’offre électrique s’explique notamment par l’évolution de la consommation. Selon les données communiquées par le ministère chargé de l’Énergie, la pointe de consommation a atteint 360 MW au premier trimestre 2026, avec une progression annuelle estimée à près de 10 %. L’arrivée de 120 MW supplémentaires doit ainsi permettre au système électrique de disposer d’une capacité rapidement mobilisable lorsque la demande augmente fortement.

Une centrale conçue pour fonctionner au gaz naturel

La future infrastructure reposera sur une configuration modulaire composée de groupes moteurs bicombustibles. Ces équipements fonctionneront principalement au gaz naturel, avec la possibilité de basculer vers un combustible liquide lorsque les conditions d’approvisionnement l’exigent.

Cette technologie doit offrir davantage de flexibilité au système électrique togolais. En cas de difficultés d’approvisionnement en gaz naturel, le recours au second combustible permettra de maintenir la production et de limiter les risques de rupture de l’alimentation électrique.

Le marché envisagé couvre l’ensemble du processus de réalisation de l’installation : conception, fourniture des équipements, installation, essais et mise en service. Il prévoit également la formation du personnel ainsi qu’une prestation de maintenance après la réception provisoire de la centrale.

Un choix thermique qui pose la question environnementale

Si cette nouvelle capacité doit contribuer à sécuriser l’approvisionnement électrique, le recours à une centrale thermique intervient dans un contexte où les pays africains cherchent également à accroître la part des énergies renouvelables dans leur mix énergétique.

Le choix du gaz naturel comme combustible principal peut offrir une solution de transition par rapport à des combustibles liquides plus émetteurs, mais il ne supprime pas les enjeux liés aux émissions de gaz à effet de serre. L’enjeu pour le Togo sera donc de faire de cette capacité thermique un outil de sécurisation du réseau tout en poursuivant parallèlement le développement du solaire, de l’éolien et d’autres sources d’électricité bas carbone.

La flexibilité offerte par la technologie bifuel pourrait notamment permettre d’assurer la continuité du service pendant les périodes où la production renouvelable est insuffisante, tout en laissant davantage de marge au pays pour développer progressivement ses capacités renouvelables.

Une consultation avant la sélection de l’opérateur

Avant le lancement effectif du processus de passation du marché, le ministère prévoit une consultation des acteurs du secteur. Cette phase doit permettre de recueillir leurs observations, de mesurer leur intérêt pour le projet, mais également d’identifier les principaux risques, les opportunités et les éventuels partenaires.

Les entreprises et acteurs intéressés disposent jusqu’au 14 septembre 2026 pour participer à cette consultation. La sélection de l’entreprise chargée de réaliser le projet est, quant à elle, annoncée pour le quatrième trimestre 2026.

L’objectif de l’accès universel à l’électricité en ligne de mire

Cette centrale de 120 MW s’inscrit dans le cadre du Pacte national de l’énergie adopté au titre de l’initiative Mission 300. Elle participe ainsi à l’ambition affichée par le Togo d’atteindre l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030.

Pour le pays, le défi consiste désormais à répondre à une demande en forte croissance sans perdre de vue les impératifs climatiques. Le développement de nouvelles capacités thermiques peut apporter une réponse immédiate aux besoins du réseau, mais la durabilité du système électrique dépendra aussi de la capacité à accélérer, en parallèle, les investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Le projet de Lomé apparaît ainsi comme une pièce supplémentaire dans l’équation énergétique togolaise : produire suffisamment pour accompagner le développement économique, tout en préparant progressivement un système électrique plus flexible, plus résilient et moins dépendant des combustibles fossiles.


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