BÉNIN : Le maïs devient un levier pour une agriculture plus résiliente et la sécurité des producteurs

Au Bénin, une nouvelle approche cherche à rapprocher performance agricole, protection sociale et résilience face aux changements climatiques. À travers une phase pilote déployée dans plusieurs communes du Sud du pays, le maïs est placé au cœur d’un dispositif qui permet aux producteurs de financer à la fois leurs intrants, leur couverture santé et leur épargne-retraite. Une démarche qui entend également encourager une agriculture plus durable, capable de mieux résister aux aléas environnementaux.

Agriculture Légende : Agriculture

Dans les campagnes béninoises, la vulnérabilité des agriculteurs ne se limite plus aux difficultés économiques. La dégradation des sols, les irrégularités des pluies, les épisodes de sécheresse et les autres effets du changement climatique fragilisent progressivement les exploitations familiales. Face à cette réalité, le gouvernement béninois, à travers le Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP), expérimente un modèle qui associe développement agricole et protection sociale.

L’objectif est de faire du maïs davantage qu’une simple culture vivrière ou commerciale : un véritable outil de sécurisation des moyens de subsistance. Le dispositif cherche ainsi à améliorer la productivité tout en permettant aux producteurs de mieux anticiper les risques qui pèsent sur leurs revenus, leur santé et leur avenir. Cette approche prend une importance particulière dans un contexte où les agriculteurs sont parmi les premières victimes des perturbations climatiques.

Une agriculture appelée à mieux résister aux changements climatiques

Pendant longtemps, les exploitations familiales ont été confrontées à un ensemble de contraintes : faibles capacités techniques, accès limité aux équipements et aux intrants, revenus saisonniers et forte dépendance aux conditions météorologiques. À ces difficultés s’ajoute désormais la pression croissante exercée sur les ressources naturelles, notamment les sols et l’eau.

Le nouveau mécanisme entend apporter une réponse intégrée. L’amélioration des rendements doit permettre de renforcer les revenus des producteurs, tandis que l’accompagnement technique peut contribuer à une meilleure maîtrise des pratiques agricoles. L’enjeu est donc double : produire davantage tout en renforçant la capacité des exploitations à faire face aux chocs environnementaux et économiques.

Cette orientation pourrait également favoriser une transition progressive vers des systèmes de production plus durables, notamment à travers une utilisation mieux maîtrisée des intrants et une professionnalisation accrue des pratiques agricoles. La préservation de la fertilité des terres et la réduction de la vulnérabilité des exploitations apparaissent ainsi comme des conditions essentielles à la pérennité de la production.

Les revenus de la récolte au service de la protection sociale

L’une des principales innovations du dispositif réside dans son mécanisme de financement. Plutôt que d’imposer aux producteurs des cotisations mensuelles difficiles à supporter en raison du caractère saisonnier de leurs revenus, le système prévoit un prélèvement au moment de la commercialisation de la récolte.

La valeur générée par la production permet alors de couvrir plusieurs besoins : remboursement des intrants et des prestations de mécanisation, constitution du revenu du producteur, mais aussi alimentation de comptes destinés à l’assurance santé, à l’épargne et à la retraite.

Cette organisation permet de tenir compte de la réalité économique des ménages agricoles. Elle peut surtout contribuer à réduire la pression qui pousse certains producteurs, en période de difficultés, à exploiter davantage leurs ressources naturelles pour compenser leurs pertes de revenus.

2 000 producteurs mobilisés pour tester le modèle

La phase expérimentale, prévue de septembre à décembre 2026, concerne 2 000 producteurs répartis dans 34 villages et 14 communes des départements du Plateau, du Couffo, de l’Atlantique, du Mono, de l’Ouémé et du Zou.

La mise en œuvre s’appuie notamment sur des techniciens agricoles formés à Kétou et à Lokossa. Avec l’appui du Réseau National des ONG actives dans l’Agriculture Durable (RENOVA), ces agents assurent l’accompagnement de proximité des producteurs et contribuent à faire le lien entre les exigences de la production agricole et les mécanismes de protection sociale.

Au-delà de l’augmentation des rendements, l’expérimentation permettra donc d’observer la capacité du modèle à renforcer durablement la résilience des exploitations. Son intérêt environnemental dépendra notamment de la manière dont les gains de productivité seront conciliés avec la préservation des sols, de l’eau et des autres ressources naturelles.

Vers un nouveau modèle pour les producteurs

En associant agriculture, protection sociale et résilience environnementale, cette initiative ouvre une nouvelle perspective pour les exploitations familiales béninoises. Elle part d’un constat simple : la durabilité du secteur agricole ne peut être dissociée de la sécurité économique et sociale de ceux qui travaillent la terre.

Si l’expérimentation donne les résultats attendus, le modèle pourrait être étendu à d’autres filières agricoles. Une généralisation qui permettrait de renforcer la protection des producteurs tout en faisant progressivement de la résilience climatique et de la préservation des ressources naturelles des composantes centrales du développement agricole au Bénin.

À terme, l’enjeu sera donc de faire du maïs non seulement un moteur de revenus, mais aussi un point d’appui pour construire des exploitations agricoles plus solides, mieux protégées contre les aléas climatiques et davantage compatibles avec les exigences d’une agriculture durable.


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