DERRIÈRE LES MINES, LES CAPITAUX : Au FSM Cotonou 2026, les communautés ciblent le nerf de l’extractivisme

La question minière s’est invitée au cœur des débats du Forum Social Mondial (FSM) Cotonou 2026. Ce vendredi 7 août, dans l’amphithéâtre Alassane Ouattara de l’Université d’Abomey-Calavi, des participants venus de différents horizons ont pris part à une table d’échange consacrée à un enjeu central : « Construire un réseau international de lutte contre l’extractivisme minier ». Dans un Forum qui entend favoriser la convergence des luttes et la construction d’alternatives face aux crises sociales, économiques et environnementales, cette rencontre a permis de croiser les expériences de communautés et de militants confrontés aux conséquences de l’exploitation des ressources naturelles.

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Au cœur des échanges, des participants venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine ont appelé à construire un réseau international capable de mettre en lumière les financements qui soutiennent les projets miniers et de renforcer les luttes des communautés affectées par leurs impacts sociaux, environnementaux et territoriaux.

Quand l’exploitation transforme les territoires

Au fil des témoignages, une préoccupation revient avec insistance : l’exploitation minière ne se limite pas à l’extraction de ressources du sous-sol. Elle peut profondément modifier les territoires et affecter les conditions de vie des communautés qui y résident. Plusieurs participants ont évoqué les conséquences sociales et environnementales observées dans leurs territoires : pression sur les terres, dégradation des espaces cultivables, érosion, pollution de l’eau et risques sanitaires. Pour les communautés rurales, la terre ne représente d’ailleurs pas uniquement une ressource économique. Elle constitue également un espace d’appartenance, de transmission culturelle et d’identité.

L’un des participants résume cette dimension en considérant l’occupation minière comme une forme de dépossession territoriale et culturelle. Dans cette perspective, la question de l’exploitation des ressources devient indissociable de celle des droits des communautés et de leur capacité à participer aux décisions qui concernent leurs territoires. L’un des principaux enseignements de la rencontre se situe cependant ailleurs : pour plusieurs participants, la lutte contre les impacts de l’extractivisme ne peut pas se limiter aux territoires où les mines sont exploitées. Elle doit également s’intéresser à ceux qui financent les projets miniers.

Remonter jusqu’aux financeurs

Au Forum Social Mondial Cotonou 2026, des acteurs venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine ont appelé à renforcer les solidarités entre communautés affectées, organisations citoyennes et acteurs engagés, tout en ciblant les banques, les investisseurs et les autres mécanismes qui financent les activités minières.

Banques, investisseurs, fonds de pension, multinationales et institutions financières ont ainsi été identifiés comme des acteurs à intégrer davantage dans les campagnes citoyennes. L’objectif est de remonter la chaîne de financement afin de comprendre comment les capitaux permettent à certains projets d’extraction de voir le jour et de se poursuivre. Des participants venus notamment d’Afrique, du Togo, du Bénin et du Cameroun, mais aussi d’Europe et d’Amérique latine, ont partagé des expériences de mobilisation visant les institutions financières et les investisseurs. L’idée défendue est claire : si les communautés affectées doivent être au cœur des luttes, les acteurs financiers qui rendent possibles les investissements doivent également être interpellés.

Relier les luttes du Sud et du Nord

La rencontre a surtout mis en évidence la nécessité de dépasser les frontières nationales. Les réalités peuvent différer d’un territoire à l’autre, mais les participants constatent des préoccupations communes : protection des terres, respect des droits humains, santé des populations, préservation de l’environnement et participation des communautés aux décisions. Des acteurs venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine ont ainsi appelé à renforcer les liens entre les mouvements sociaux des territoires affectés et ceux qui agissent dans les pays où sont implantées les entreprises ou les institutions financières. Cette approche Nord-Sud pourrait permettre de mieux comprendre les chaînes de responsabilité et de coordonner les actions, depuis les communautés directement touchées jusqu’aux sièges des entreprises, des banques et des investisseurs.

Vers une action internationale coordonnée

Au terme des échanges, la réflexion s’est progressivement déplacée du constat vers l’action. Comment transformer les expériences locales en une mobilisation internationale capable d’influencer les décisions financières et politiques ? Pour les participants, plusieurs leviers doivent être combinés : information et sensibilisation du public, documentation des impacts, mobilisation des communautés affectées, pression citoyenne sur les entreprises et interpellation des institutions financières. L’ambition affichée est donc de mettre en réseau les luttes, de partager les expériences et de construire des campagnes communes.

À Cotonou, le débat sur l’extractivisme minier rappelle ainsi que la transition vers un développement durable ne peut être dissociée de la gouvernance des ressources naturelles. Derrière chaque projet minier se trouvent des territoires, des communautés, des capitaux et des choix politiques. Pour les participants à cette table d’échange, agir efficacement suppose désormais de relier ces différentes dimensions et de construire une solidarité internationale capable de faire entendre la voix des populations concernées.

 


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