NIGERIA : Malgré des milliards injectés, la crise électrique continue d'asphyxier les centrales

Malgré les importants financements mobilisés par le gouvernement pour apurer les dettes du secteur électrique, le Nigeria peine toujours à stabiliser sa production d'énergie. Le manque de liquidités continue d'empêcher les producteurs de régler leurs fournisseurs de gaz, provoquant l'arrêt de plusieurs centrales et aggravant une crise qui compromet les ambitions du pays en matière d'accès universel à l'électricité.

Usine d'électricité Légende : Usine d'électricité

Le gouvernement nigérian multiplie les efforts pour redresser un secteur électrique fragilisé par des années d'endettement. En février 2026, une première enveloppe de 501 milliards de nairas, soit environ 368,7 millions de dollars, a été débloquée afin de rembourser une partie des créances accumulées par les producteurs d'électricité. Sur ce montant, 333 milliards de nairas ont été distribués à huit sociétés exploitant 17 centrales électriques, a indiqué Olu Verheijen, conseillère spéciale du président Bola Ahmed Tinubu pour le pétrole et le gaz, lors d'un forum d'investisseurs organisé à Abuja le 22 juillet.

Dans le prolongement de cette initiative, les autorités prévoient une seconde émission obligataire de 729 milliards de nairas afin de poursuivre l'apurement des arriérés. Cependant, ces injections de fonds restent loin de résoudre les difficultés structurelles du secteur. Selon Joy Ogaji, directrice générale de l'Association des sociétés de production d'électricité (APGC), les dettes continuent de croître plus rapidement que les remboursements, maintenant les producteurs dans une situation financière extrêmement précaire.

Un cercle vicieux qui fragilise toute la chaîne électrique

L'origine de cette crise réside dans le fonctionnement même du marché nigérian de l'électricité. Les producteurs vendent leur énergie à la Nigerian Bulk Electricity Trading Plc (NBET), entreprise publique chargée de la revendre aux sociétés de distribution. Or, ces dernières peinent à recouvrer les paiements auprès des consommateurs, ce qui limite leur capacité à rémunérer NBET. En conséquence, cette dernière ne peut pas honorer pleinement ses engagements envers les producteurs.

Privées de ressources suffisantes, les entreprises de production accumulent des impayés auprès de leurs fournisseurs de gaz, combustible indispensable à environ 70 % de la production électrique du pays. Faute de règlement, plusieurs fournisseurs suspendent leurs livraisons, entraînant l'arrêt progressif des centrales thermiques.

Joy Ogaji estime que cette dynamique est devenue insoutenable. Selon elle, pendant que le gouvernement rembourse progressivement une dette évaluée à plusieurs milliers de milliards de nairas, de nouvelles créances, encore plus importantes, continuent de s'accumuler. Elle déplore également que les subventions annoncées par l'État ne soient pas effectivement inscrites dans le budget national, limitant ainsi leur impact sur la santé financière du secteur.

Des centrales à l'arrêt faute de gaz

Les conséquences de cette crise sont déjà visibles sur le terrain. La centrale thermique d'Ibom Power, d'une capacité de 190 MW et située dans l'État d'Akwa Ibom, est totalement à l'arrêt depuis 2025 après avoir été privée de son approvisionnement en gaz en raison d'impayés. Ce cas n'est pas isolé. Plusieurs autres installations connaissent le même sort, tandis que certaines entreprises peinent même à assurer le paiement des salaires de leurs employés.

Cette situation réduit fortement les capacités de production du pays. Déjà en mars 2026, jusqu'à 16 centrales sur les 33 que compte le Nigeria étaient indisponibles, limitant la capacité effective entre 3 700 et 4 000 MW, contre un potentiel habituel compris entre 4 000 et 5 500 MW. Depuis, malgré les premiers remboursements de l'État, les difficultés se sont accentuées.

L'accès universel à l'électricité toujours menacé

Au-delà des difficultés des producteurs, cette crise compromet les objectifs énergétiques du Nigeria. Selon les données de la Banque mondiale, seulement 61 % de la population avait accès à l'électricité en 2023, avec un taux qui chute à environ 33 % dans les zones rurales. Le pays demeure celui qui compte le plus grand nombre de personnes privées d'électricité au monde, avec près de 90 millions d'habitants non raccordés au réseau.

Pour inverser cette tendance, le Nigeria estime avoir besoin d'environ 34,5 milliards de dollars d'investissements afin d'atteindre l'accès universel à l'électricité d'ici à 2030. Toutefois, les spécialistes estiment que cet objectif restera difficilement atteignable sans une réforme profonde du modèle économique du secteur, capable d'assurer une meilleure collecte des recettes, un financement durable des producteurs et un approvisionnement sécurisé en gaz. Sans ces changements structurels, les injections ponctuelles de fonds risquent de ne constituer qu'un soulagement temporaire face à une crise qui continue de s'enraciner.


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