RWANDA : Les ménages bientôt rémunérés pour leur électricité solaire injectée dans le réseau

Le Rwanda prépare une réforme ambitieuse de son secteur énergétique en envisageant d'autoriser les ménages, les entreprises et les institutions équipés de panneaux solaires à revendre leur surplus d'électricité au réseau national. Inspirée du modèle de « net metering » déjà appliqué dans plusieurs pays africains, cette initiative pourrait accélérer l'accès universel à l'électricité tout en renforçant la production nationale face à une demande en constante augmentation.

Panneau solaire Légende : Panneau solaire

Le Rwanda franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transition énergétique. Le gouvernement étudie actuellement un mécanisme qui permettrait aux ménages, aux entreprises et aux institutions disposant d'installations solaires photovoltaïques de revendre l'électricité qu'ils ne consomment pas au réseau national. L'annonce a été faite le 30 juillet par le Premier ministre Justin Nsengiyumva, à l'occasion d'une séance parlementaire consacrée aux défis de l'électrification dans les dernières zones du pays encore privées d'électricité.

Concrètement, chaque producteur pourrait être équipé d'un compteur intelligent relié au réseau national. L'énergie produite servirait en priorité à couvrir les besoins du foyer ou de l'entreprise, tandis que le surplus serait automatiquement injecté dans le réseau exploité par Rwanda Energy Group (REG). En contrepartie, les producteurs bénéficieraient d'un crédit sur leur facture d'électricité ou d'une réduction du montant à payer, en fonction du volume d'énergie fourni au réseau.

Selon les acteurs du secteur, ce dispositif permettrait non seulement de réduire les dépenses énergétiques des consommateurs, mais également d'augmenter la quantité d'électricité disponible à l'échelle nationale sans nécessiter la construction immédiate de nouvelles infrastructures de production. Toutefois, cette réforme reste à encadrer juridiquement. À ce jour, aucune disposition légale n'autorise encore les particuliers à commercialiser leur production d'électricité, et les modalités techniques ainsi que tarifaires du système devront être définies par l'autorité de régulation du secteur.

Des projets structurants pour accompagner une demande en forte croissance

Cette initiative s'inscrit dans une politique plus large visant à diversifier les sources d'approvisionnement énergétique du pays. Le gouvernement poursuit parallèlement plusieurs projets d'envergure, notamment la construction de la centrale hydroélectrique de Nyabarongo II d'une capacité de 43,5 MW, le développement d'une centrale solaire flottante de 200 MW ainsi que la valorisation du méthane extrait du lac Kivu pour produire de l'électricité.

Le Rwanda dispose déjà d'une base favorable pour le déploiement de ce futur système. À la fin de juillet 2025, près de 84,6 % des ménages avaient accès à l'électricité. Parmi eux, 59,6 % étaient raccordés au réseau national, tandis que 25 % bénéficiaient de systèmes hors réseau, essentiellement alimentés par l'énergie solaire. Cette importante proportion de foyers déjà équipés représente un potentiel considérable de futurs producteurs capables d'alimenter le réseau national.

Vers un accès universel à l'électricité d'ici 2030

Malgré les progrès rapides enregistrés ces dernières années, la consommation d'électricité au Rwanda augmente plus rapidement que les capacités de production. La demande nationale progresse d'environ 10 % chaque année et pourrait atteindre entre 2,5 et 4,5 gigawatts d'ici à 2050, alors que la capacité installée avoisine actuellement 1 000 MW.

Face à cette évolution, le gouvernement entend atteindre l'accès universel à l'électricité dès 2030 en multipliant les sources d'approvisionnement. La participation active des consommateurs à la production d'énergie constitue ainsi un levier stratégique pour répondre aux besoins futurs du pays.

Déjà adopté en Afrique du Sud, au Kenya ou encore au Maroc, le système de « net metering » transforme progressivement les consommateurs en véritables producteurs d'électricité. Si le Rwanda parvient à mettre en place un cadre réglementaire adapté, il rejoindra le cercle encore restreint des pays africains ayant fait de la production décentralisée un pilier de leur politique énergétique, ouvrant ainsi la voie à un modèle plus résilient, participatif et durable.


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