Face aux pressions croissantes exercées sur les écosystèmes par les changements climatiques, l'urbanisation, la déforestation et les activités humaines, la nécessité de disposer d'outils fiables pour évaluer leur état de santé devient une priorité. Selon le Dr AHAMIDE D. Y. Innocent, Enseignant-Chercheur au Laboratoire des Sciences du Végétal et Pharmacopée (LaSVEP) et à l'Herbier National du Bénin (FAST-UAC), la Liste Rouge des Écosystèmes (LRE) de l'UICN constitue aujourd'hui une référence mondiale pour mesurer les risques d'effondrement des écosystèmes et orienter les stratégies de conservation. Au-delà de son rôle d'évaluation, cet outil ouvre également de nombreuses perspectives en matière de recherche, de financement et de renforcement des capacités.
Légende : Liste Rouge de L'UICN
Préserver la biodiversité ne consiste plus seulement à protéger les espèces animales et végétales. Il est désormais indispensable de préserver les milieux naturels qui leur permettent de vivre et d'assurer les services essentiels dont dépendent les populations humaines. C'est dans cette dynamique que s'inscrit la Liste Rouge des Écosystèmes (LRE) élaborée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Présentant cet outil lors d'une communication scientifique à l’Université d’Abomey-calavi, le Dr AHAMIDE D. Y. Innocent explique que « la Liste Rouge des Écosystèmes est une norme mondiale permettant d'évaluer le risque d'effondrement d'un écosystème ». Contrairement à la Liste Rouge des espèces menacées, qui se concentre sur les espèces, la LRE s'intéresse à l'état de santé des écosystèmes afin d'identifier ceux qui présentent les plus fortes probabilités de disparaître ou de perdre leurs fonctions écologiques.
Pour le chercheur, cet outil constitue un véritable instrument d'aide à la décision. Il permet de « surveiller et documenter l'état des écosystèmes afin d'identifier les plus vulnérables », tout en fournissant des indicateurs standardisés capables d'orienter les politiques publiques en faveur de la conservation de la biodiversité.
Le spécialiste souligne également que l'intérêt de la LRE va bien au-delà du simple diagnostic écologique. Grâce aux évaluations réalisées, il devient possible d'identifier les zones prioritaires nécessitant des actions de restauration, de projeter l'évolution des paysages selon différents scénarios environnementaux et de mesurer l'efficacité des actions de conservation engagées. Cette approche présente aussi l'avantage de prendre en compte la continuité écologique des écosystèmes, sans se limiter aux frontières administratives.
Afin de mieux comprendre le fonctionnement de cet outil, le Dr AHAMIDE D. Y. Innocent rappelle qu'un écosystème est « un ensemble complexe d'organismes et de leur environnement physique associé dans une zone spécifiée ». Il repose sur quatre composantes essentielles : l'espace physique, le complexe abiotique composé des éléments non vivants, le complexe biotique qui regroupe les organismes vivants, ainsi que les interactions permanentes entre ces différentes composantes.
L'enseignant-chercheur insiste également sur une distinction souvent méconnue : « l'effondrement n'est pas synonyme de disparition ». Selon lui, un écosystème s'effondre lorsqu'il perd son identité et ses caractéristiques essentielles au point d'être remplacé par un autre type d'écosystème, sans pour autant disparaître complètement. Cette précision est essentielle puisqu'elle permet d'intervenir avant que les dégradations ne deviennent irréversibles.
Au-delà de son intérêt scientifique, la Liste Rouge des Écosystèmes représente, selon l’expert, une véritable opportunité pour les pays soucieux de préserver leur patrimoine naturel. Elle permet d'abord de définir des priorités nationales de conservation sur des bases scientifiques transparentes et de contribuer plus efficacement aux engagements internationaux en matière de biodiversité.
Le Dr AHAMIDE D. Y. Innocent met également en avant les nombreuses retombées en matière de développement des compétences. Les évaluations de la LRE favorisent le renforcement des expertises nationales en cartographie, télédétection, systèmes d'information géographique (SIG), modélisation écologique, taxonomie ou encore en intelligence artificielle appliquée à la biodiversité.
Autre avantage majeur, cet outil encourage les collaborations entre universités, centres de recherche, organisations de conservation, étudiants et partenaires internationaux autour de projets pluridisciplinaires. Il facilite également l'accès à plusieurs mécanismes de financement dédiés à la conservation de la biodiversité.
« La Liste Rouge des Écosystèmes constitue aujourd'hui un cadre scientifique essentiel pour mieux connaître, évaluer et préserver les écosystèmes », conclut le chercheur. À l'heure où les milieux naturels sont soumis à des pressions de plus en plus fortes, cet outil apparaît comme un levier stratégique pour orienter les politiques de conservation et renforcer durablement la protection du patrimoine naturel.