Deux ans après le lancement du Programme de redressement du secteur énergétique du Ghana, la Banque mondiale estime que les résultats restent largement en deçà des objectifs fixés. Face aux retards accumulés, aux difficultés de financement et aux faibles performances des principaux indicateurs, l’institution a reclassé le programme dans la catégorie « Insatisfaisant », mettant en lumière les défis persistants de la réforme du secteur électrique ghanéen.
Légende : Electricité
Le processus de réforme du secteur électrique ghanéen traverse une période délicate. Selon un rapport d’évaluation relayé le 13 juillet, la Banque mondiale a décidé de rétrograder le Programme de redressement du secteur énergétique de la mention « Modérément satisfaisant » à « Insatisfaisant ». Cette décision reflète les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des réformes destinées à restaurer la viabilité financière et opérationnelle du système électrique national.
Approuvé en juin 2024 et entré en vigueur en mars 2025, ce programme vise principalement à renforcer les performances de l’Electricity Company of Ghana (ECG), principal distributeur d’électricité du pays. L’objectif est d’améliorer sa gestion financière, de réduire les pertes commerciales et techniques, d’accroître le taux de recouvrement des factures et de moderniser les services offerts aux consommateurs.
Toutefois, les progrès enregistrés restent limités. Sur les huit indicateurs de performance définis par le programme, un seul a été entièrement atteint : la production des états financiers audités d’ECG pour l’exercice 2025. En revanche, plusieurs réformes majeures accusent un important retard. Le système de comptabilité de l’énergie n’a été déployé que dans 20 % des districts opérationnels de l’entreprise, loin de l’objectif d’une couverture nationale. De même, l’enquête sur la satisfaction des clients n’a toujours pas été officiellement publiée malgré son achèvement.
Le volet consacré à la promotion de la cuisson propre affiche également des résultats décevants. Sur les 457 000 ménages ciblés, seuls 38 000 ont bénéficié des équipements prévus, soit moins de 10 % de l’objectif fixé. Par ailleurs, le gestionnaire du réseau de transport électrique, GRIDCo, n’a pas encore soumis à la Commission de l’énergie la méthodologie destinée à optimiser le fonctionnement du réseau en privilégiant les centrales de production les moins coûteuses.
À ces retards s’ajoute une dégradation des performances financières. Le taux de recouvrement des factures par ECG est tombé à 85 %, contre un niveau de référence de 86 %, alors que le programme ambitionne d’atteindre 93 % d’ici à 2027. Selon la Banque mondiale, cette contre-performance est en partie liée aux difficultés de financement et aux lenteurs administratives qui freinent la mise en œuvre des réformes.
Le rapport pointe notamment la responsabilité du ministère ghanéen des Finances, accusé de n’avoir pas autorisé à temps plusieurs décaissements indispensables à l’exécution du programme. Cette situation a retardé la distribution des kits de cuisson propre, freiné le déploiement des compteurs intelligents et empêché la mise en place d’un système électronique de facturation destiné aux producteurs d’électricité.
Les conséquences financières sont particulièrement préoccupantes. Les pertes cumulées d’ECG et de la Northern Electricity Distribution Company (NEDCo) atteignent désormais près de 1,5 milliard de dollars, soit un niveau très supérieur à l’objectif de 525 millions de dollars fixé pour la fin de l’année 2027. Malgré l’instauration, en 2025, d’une taxe supplémentaire d’un cedi sur les produits pétroliers, le gouvernement a dû mobiliser 12,9 milliards de cedis, soit environ 830 millions de dollars, afin de couvrir les besoins financiers du secteur énergétique.
Cette évaluation intervient dans un contexte où les partenaires internationaux multiplient les appels à une réforme plus profonde du secteur. Le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà estimé qu’un redressement durable d’ECG nécessiterait une évolution de son modèle économique, relançant les discussions sur une plus grande implication du secteur privé dans la distribution de l’électricité. En parallèle, les autorités ghanéennes ont engagé un audit national des infrastructures électriques afin d’évaluer l’état réel du réseau.
Malgré ce constat sévère, la Banque mondiale reste convaincue que les objectifs du programme peuvent encore être atteints. L’institution estime qu’une meilleure coordination entre le gouvernement, le ministère des Finances et les agences chargées de l’exécution des réformes, ainsi qu’une accélération des procédures d’approbation et de financement, seront déterminantes pour remettre le secteur électrique ghanéen sur la voie de la stabilité financière et d’une amélioration durable de ses performances.