Longtemps commercialisé en vrac et dépourvu d’iode, le sel produit sur le littoral béninois connaît une profonde transformation grâce au Projet de promotion du sel local Xwlajè (ProSel). Formation des producteurs, modernisation des équipements, amélioration du conditionnement et sensibilisation des consommateurs contribuent aujourd’hui à faire du sel iodé local un véritable levier de santé publique et de développement économique.
Légende : Sel Iodé
Au Bénin, le sel occupe une place essentielle dans les habitudes alimentaires des ménages. Pourtant, pendant de nombreuses années, une grande partie du sel vendu sur les marchés du littoral ne contenait pas d’iode, un élément indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Cette situation exposait des milliers de consommateurs aux troubles dus à la carence en iode, notamment les goitres, les retards de croissance chez les enfants et les déficits du développement cognitif.
Face à cet enjeu de santé publique, le Gouvernement du Bénin, avec l’appui du consortium IBSA (Inde, Brésil et Afrique du Sud) et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a lancé le Projet de promotion du sel local Xwlajè dans la zone côtière du Bénin (ProSel). L’ambition est claire : moderniser la filière tout en garantissant aux populations un sel local de meilleure qualité nutritionnelle.
L’une des premières étapes du projet a consisté à sensibiliser les producteurs aux conséquences de la carence en iode et aux avantages de l’iodation du sel. Au total, 1 437 producteurs et productrices ont bénéficié de formations dans plusieurs communes côtières. Grâce à cette démarche participative, les acteurs de la filière ont progressivement adopté les bonnes pratiques de production et compris le rôle essentiel qu’ils jouent dans l’amélioration de la santé des consommateurs.
Le projet a également permis un important saut technologique avec la mise à disposition d’équipements modernes au profit des coopératives. Huit unités semi-industrielles d’iodation ont été installées afin d’augmenter les capacités de traitement du sel local et de répondre plus efficacement à la demande du marché. Cette modernisation contribue non seulement à améliorer la qualité du produit, mais aussi à renforcer la compétitivité de la filière.
Au-delà de la production, un accent particulier a été mis sur le conditionnement. En effet, l’exposition prolongée du sel à l’air libre, à l’humidité et à la lumière favorise la perte progressive de l’iode. Pour préserver ses qualités nutritionnelles jusqu’au consommateur final, le sel Xwlajè est désormais commercialisé dans des emballages adaptés, garantissant une meilleure conservation du produit.
Cette transformation est le fruit d’une collaboration entre plusieurs acteurs institutionnels. Les services techniques de l’État, les partenaires internationaux, les organisations spécialisées en nutrition ainsi que les coopératives de producteurs ont uni leurs efforts pour structurer durablement la filière et promouvoir un produit local répondant aux normes de qualité.
Si des défis demeurent, notamment en matière de changement des habitudes de consommation et de promotion du sel conditionné, les résultats enregistrés témoignent d’une dynamique encourageante. Jadis méfiants à l’égard de l’iodation, de nombreux producteurs sont aujourd’hui devenus les premiers défenseurs de cette innovation.
À travers le projet ProSel, le sel Xwlajè ne se limite plus à un simple condiment du quotidien. Il s’impose progressivement comme un produit local à forte valeur ajoutée, capable de soutenir l’économie des communautés côtières tout en contribuant à l’amélioration durable de la santé des populations béninoises.