ALTERNANCE AU SOMMET DE L'ÉTAT EN REPUBLIQUE DU BENIN : S.E.M Romuald Wadagni face au défi de la souveraineté énergétique du Bénin

Sous les acclamations des nombreuses personnalités, délégations officielles et participants venus de divers horizons du Bénin et de la sous-région, réunis au Palais des Congrès de Cotonou ce dimanche 24 mai 2026, Romuald Wadagni a officiellement prêté serment en qualité de Président de la République du Bénin. Cette investiture ouvre un nouveau chapitre politique pour le pays, mais elle marque surtout la continuité d’un chantier stratégique engagé depuis 2016 : la transformation du secteur énergétique béninois.

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Dans son discours d’investiture, le nouveau Chef de l’État, Romuald Kossi Wadagni, a insisté sur la nécessité de bâtir un Bénin durable en renforçant la coopération sous-régionale dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment celui de l’énergie. Derrière cette ambition se profile toutefois une équation délicate : préserver les acquis énergétiques enregistrés sous le Président Patrice Talon tout en accélérant la transition vers des sources d’énergie plus propres, durables et souveraines.

Des avancées majeures héritées du régime Talon

À son arrivée au pouvoir en 2016, le Président Patrice Talon avait hérité d’un secteur électrique fragilisé, marqué par des délestages récurrents et une forte dépendance vis-à-vis des importations d’électricité en provenance des pays voisins. Dix années plus tard, le paysage énergétique béninois affiche des avancées significatives. Grâce à d’importants investissements publics, la capacité nationale de production électrique est passée de presque zéro à plus de 250 MW, notamment avec les centrales thermiques de Maria-Gléta. Cette montée en puissance a permis au Bénin de réduire considérablement sa dépendance énergétique vis-à-vis du Nigeria et du Ghana, tout en améliorant la stabilité du réseau national.

Parallèlement, le gouvernement Talon a amorcé les premiers jalons de la transition énergétique avec la mise en service de la centrale solaire photovoltaïque d’Illoulofin, d’une capacité de 25 MW. Plusieurs projets de mini-réseaux et d’électrification rurale ont également été lancés afin d’étendre l’accès à l’énergie dans les zones les plus enclavées. Ces progrès ont accompagné l’ambition industrielle du pays, notamment le développement de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), dont les besoins énergétiques sont considérables. Le secteur de l’énergie est ainsi devenu un levier majeur de compétitivité économique et d’industrialisation.

Cependant, malgré ces avancées, le mix énergétique béninois demeure encore largement dominé par les combustibles fossiles, notamment le gaz naturel. Les énergies renouvelables occupent toujours une place limitée dans la production nationale, alors même que le Bénin dispose d’un important potentiel solaire.

Les défis persistants pour le nouveau gouvernement

Pour le nouveau Président Romuald Wadagni, le défi ne sera désormais plus seulement de produire davantage d’électricité, mais surtout de construire une véritable souveraineté énergétique durable.

Le premier enjeu concerne l’accélération de l’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique national. Malgré un fort ensoleillement, le potentiel solaire béninois reste encore sous-exploité. Les contraintes liées au financement, aux infrastructures de stockage et au cadre réglementaire continuent de freiner les investissements privés dans les technologies vertes. Pour le Dr Faustin Dahito, Ingénieur en Génie électrique et Expert des énergies renouvelables en Afrique de l’Ouest, le nouveau pouvoir devra faire de l’énergie un pilier central de la souveraineté nationale. Dans son ouvrage Droit des peuples à l’énergie, devoir des nations , il affirme :

« L’énergie n’est plus une simple ressource ; elle constitue désormais le cœur même de la souveraineté moderne. » Selon l’Expert, le Bénin doit désormais dépasser la logique de production d’urgence pour bâtir une stratégie énergétique durable, capable de concilier sécurité énergétique, compétitivité économique et impératifs climatiques. Cela passe notamment par la sécurisation des investissements, la stabilité des contrats d’achat d’énergie et le développement de solutions de stockage capables de soutenir l’intégration massive du solaire au réseau national.

Le second défi majeur sera financier. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, le Président Wadagni bénéficie d’une solide réputation dans la mobilisation des ressources internationales. Son expérience pourrait constituer un atout déterminant pour attirer davantage de financements climatiques et d’investissements privés vers les projets d’énergies renouvelables. Le nouveau gouvernement devra ainsi mettre en place des mécanismes de « dérisquage » afin de rassurer les partenaires techniques et financiers. Plusieurs priorités apparaissent déjà essentielles :

  • le développement massif des mini-réseaux solaires en milieu rural ;
  • l’amélioration des infrastructures de stockage d’énergie ;
  • la poursuite de l’électrification des localités enclavées ;
  • la création d’un cadre réglementaire stable et attractif pour les investisseurs ;
  • et le renforcement de l’efficacité énergétique dans les secteurs industriels.

Au-delà des enjeux climatiques, la transition énergétique représente également une opportunité économique stratégique pour le Bénin. Le développement des énergies renouvelables pourrait favoriser la création d’emplois, soutenir l’industrialisation et renforcer l’indépendance énergétique du pays.

À l’occasion de cette investiture, les attentes apparaissent donc considérables. Le Chef de l’Etat béninois Romuald Kossi Wadagni hérite d’un secteur énergétique profondément restructuré sous l’ère Talon, mais encore confronté à d’importants défis liés à la souveraineté énergétique, au financement des infrastructures et à l’accélération des énergies renouvelables. Le chantier qui s’ouvre désormais devant le nouveau Président est celui d’une transition énergétique capable de concilier croissance économique, indépendance énergétique et durabilité environnementale. Romuald Wadagni devra ainsi réussir un équilibre décisif : répondre aux besoins énergétiques croissants du Bénin tout en poursuivant l’élan de transition énergétique engagé depuis 2016.


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