GESTION DES DÉCHETS AU BÉNIN : Entre réforme salutaire et risque de rejet populaire

Présentée comme l’une des réformes environnementales majeures de ces dernières années au Bénin, la mise en place de la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS SA) a suscité beaucoup d’espoir dans les communes du Grand Nokoué. Dans un contexte marqué pendant longtemps par l’insalubrité chronique, les dépotoirs sauvages, les déchets abandonnés dans les rues et les zones lacustres transformées en véritables décharges à ciel ouvert, l’initiative du gouvernement apparaissait comme une réponse forte à un problème devenu préoccupant pour la santé publique et l’environnement.

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Pendant près de deux ans, les populations ont bénéficié gratuitement des services de collecte et d’enlèvement des ordures ménagères. Une démarche pédagogique saluée par de nombreux observateurs, car elle permettait progressivement aux citoyens d’intégrer de nouveaux réflexes en matière d’assainissement et de gestion durable des déchets. Mais aujourd’hui, la phase de recouvrement des frais semble provoquer incompréhensions, frustrations et inquiétudes au sein de plusieurs ménages.

À Gbodjo, un quartier périphérique d’Abomey-Calavi situé à quelques mètres du lac Nokoué, une situation alimente les débats. Dans cette zone humide où les populations vivent parfois dans des conditions économiques précaires, les déchets ménagers sont collectés dans de petits seaux et les équipes de la SGDS ne passent qu’une seule fois par semaine, souvent sans calendrier fixe clairement connu des habitants. Pourtant, les ménages concernés reçoivent désormais des factures jugées lourdes. Fin avril 2026, un propriétaire a ainsi reçu une facture de 60 000 FCFA correspondant à l’ensemble de l’année 2026, alors même que l’année est loin d’être terminée. Le tarif mensuel appliqué est estimé à 5 000 FCFA. Une méthode de facturation qui surprend, choque parfois, et soulève de nombreuses interrogations sur la stratégie adoptée.

Car contrairement aux services de la SBEE ou de la SONEB, où les citoyens choisissent volontairement de s’abonner pour satisfaire leurs besoins en électricité ou en eau potable, la gestion des déchets relève avant tout d’un processus collectif d’apprentissage citoyen. Changer durablement les comportements en matière d’assainissement demande du temps, de la sensibilisation et surtout une approche progressive adaptée aux réalités sociales des populations. Dans plusieurs quartiers populaires, recevoir brusquement une facture annuelle élevée peut être perçu non comme une mesure d’accompagnement environnemental, mais comme une contrainte difficilement supportable dans un contexte économique déjà tendu.

Le véritable danger aujourd’hui est celui d’un rejet progressif de la réforme par les populations elles-mêmes. Si les citoyens ont le sentiment que le service est irrégulier, peu flexible et financièrement lourd, certains pourraient être tentés de revenir aux anciennes pratiques : dépôts sauvages, ordures jetées dans les rues, caniveaux ou plans d’eau. Ce serait un recul dramatique pour les efforts engagés en faveur de la salubrité urbaine et de la protection de l’environnement.

La réussite de la réforme de la SGDS dépend désormais de sa capacité à maintenir la confiance des populations. Cela passe par une meilleure communication de proximité, des passages réguliers et clairement programmés, mais surtout par des mécanismes de paiement plus souples et socialement adaptés, comme une facturation mensuelle ou trimestrielle. L’assainissement durable ne peut réussir sans l’adhésion des citoyens. Une réforme environnementale, aussi ambitieuse soit-elle, ne produit d’effets durables que lorsqu’elle est comprise, acceptée et portée par les populations elles-mêmes.


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