COOPÉRATION ÉNERGÉTIQUE ET PARTENARIATS SUD-SUD EN AFRIQUE : Après le Niger, l’Algérie renforce son offensive énergétique avec un projet de centrale au Tchad

L’Algérie poursuit sa stratégie d’expansion énergétique sur le continent africain. À travers le groupe public Sonelgaz, Alger multiplie les initiatives pour exporter son expertise dans la production et la distribution d’électricité. Après un premier projet lancé au Niger, le groupe algérien prépare désormais la construction d’une centrale électrique de 40 mégawatts au Tchad. Cette nouvelle coopération illustre la volonté des autorités algériennes de renforcer les partenariats Sud-Sud tout en accompagnant les pays africains confrontés à d’importants déficits énergétiques.

Pose de pierre pour le projet de centrale au Tchad Légende : Pose de pierre pour le projet de centrale au Tchad

L’Algérie accélère son positionnement comme acteur majeur de la coopération énergétique en Afrique. Après le Niger, c’est désormais au Tchad que le groupe public Sonelgaz entend déployer son expertise dans le domaine de la production électrique. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large d’internationalisation de l’opérateur énergétique algérien, soutenue par les autorités d’Alger.

Dans cette dynamique, une délégation de Sonelgaz, conduite par le directeur général de sa filiale internationale Yazid Djellouli, a effectué une mission officielle à N’Djamena du 9 au 11 mai 2026. L’objectif de cette visite était de préparer le lancement d’un projet de centrale électrique d’une capacité de 40 mégawatts destiné à renforcer l’approvisionnement énergétique tchadien.

Au cours de cette mission, plusieurs rencontres de haut niveau ont été organisées avec les autorités locales. La délégation algérienne a notamment échangé avec les responsables de Tchad-Elec, en présence de l’ambassadeur d’Algérie au Tchad. Des discussions ont également eu lieu avec le ministre tchadien des Finances, Tahir Hamid Nguilin, ainsi qu’avec le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Passalé Kanabé Marcelin.

Concrètement, cette visite avait un caractère essentiellement technique. Les équipes des deux pays ont procédé à une première évaluation des conditions d’implantation de la future centrale électrique. Les discussions ont porté sur la définition d’une feuille de route commune, la mise en place d’équipes de travail bilatérales ainsi que l’examen des aspects techniques, administratifs et réglementaires liés au projet.

Cette coopération énergétique fait directement suite à la visite officielle du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno en Algérie du 22 au 24 avril 2026. Elle s’inscrit également dans les orientations stratégiques du président Abdelmadjid Tebboune visant à renforcer la coopération africaine et les partenariats Sud-Sud dans les secteurs clés du développement.

Sonelgaz veut devenir un acteur énergétique africain

À travers ces initiatives, Sonelgaz cherche progressivement à s’imposer comme un opérateur énergétique régional. Le projet tchadien n’est d’ailleurs pas une première pour le groupe algérien. En février 2025, l’entreprise avait déjà signé un mémorandum d’entente avec la société nigérienne d’électricité Nigelec pour la réalisation d’une autre centrale de 40 mégawatts à Niamey.

Ce projet au Niger, présenté comme un don de l’Algérie, avait marqué le début concret de l’expansion africaine de Sonelgaz. Les études techniques de terrain avaient été lancées dès février 2025 afin d’accélérer la mise en œuvre des travaux.

Avec le Tchad, Alger poursuit donc la même logique : accompagner les pays confrontés à des déficits énergétiques tout en consolidant son influence économique sur le continent.

Un enjeu crucial pour le Tchad

Le projet de centrale électrique intervient dans un contexte particulièrement difficile pour le système énergétique tchadien. Le pays reste confronté à un important déficit d’accès à l’électricité, notamment en dehors de la capitale.

Selon des données de la Banque mondiale publiées en 2024, moins de 12 % de la population tchadienne dispose d’un accès à l’électricité. Les disparités entre les centres urbains et les zones rurales demeurent également très marquées. En dehors de N’Djamena, de nombreuses localités dépendent encore de groupes électrogènes thermiques coûteux et peu performants.

Le réseau électrique national souffre par ailleurs d’un manque d’infrastructures modernes et d’une faible capacité de production. Dans ce contexte, la future centrale de 40 MW pourrait contribuer à améliorer significativement l’approvisionnement énergétique du pays et à soutenir son développement économique.

L’accès à une énergie stable constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour l’industrialisation, les services publics et l’amélioration des conditions de vie des populations tchadiennes.

Une stratégie d’internationalisation assumée

L’expansion africaine de Sonelgaz repose désormais sur une stratégie clairement assumée par les autorités algériennes. En mars dernier, le ministère algérien de l’Énergie avait officiellement annoncé la création de Sonelgaz International, une structure spécialement dédiée aux investissements hors du territoire national.

Cette filiale a pour mission d’identifier des opportunités de coopération en Afrique et dans le bassin méditerranéen, notamment dans les domaines de la production, du transport et de la distribution d’électricité.

L’Algérie dispose aujourd’hui d’une expérience importante dans le secteur énergétique. Le pays affiche un taux de couverture électrique supérieur à 99 % et cherche désormais à valoriser ce savoir-faire à l’international. En 2024, Sonelgaz a enregistré un chiffre d’affaires à l’export estimé à 303 millions de dollars, soit une progression de 22 % selon les données officielles.

À travers ces projets africains, Alger ambitionne donc de renforcer son influence économique tout en participant au développement énergétique du continent. Une stratégie qui pourrait, à terme, faire de Sonelgaz l’un des principaux opérateurs énergétiques africains.


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