Dans les villes du sud du Bénin, les coques de noix de coco s’accumulent au rythme de la consommation croissante de l’eau de coco. Longtemps perçues comme des déchets, elles révèlent aujourd’hui un potentiel économique et environnemental encore peu structuré.
Légende : COQUES DE COCO
Dans les rues de Cotonou et de Abomey-Calavi, les étals de vente d’eau de coco se multiplient, témoignant d’un engouement croissant pour cette boisson naturelle. Mais derrière cette activité florissante se cache un défi environnemental : la gestion des coques, qui s’amoncellent dans les marchés et les quartiers, contribuant à l’insalubrité urbaine.
À proximité de Université d’Abomey-Calavi, Pierre, étudiant et vendeur de coco, illustre cette réalité. Chaque jour, il fend les noix pour servir ses clients, laissant derrière lui des tas de coques dont il se débarrasse en sollicitant la Société de gestion des déchets et de la salubrité. Faute de débouchés réguliers, ces résidus rejoignent souvent les circuits classiques de déchets, sans valorisation systématique.
Pourtant, ailleurs dans la ville, ces coques suivent une autre trajectoire. À Sètovi, quartier de Cotonou, des vendeurs comme Juste Avocevoun les stockent et les revendent à divers acteurs : fumeuses de poisson, producteurs d’huile ou particuliers en quête de combustible. Malgré une demande existante, les prix restent instables et les transactions informelles, révélant un marché encore peu organisé.
Au-delà de ces usages traditionnels, certaines initiatives innovantes émergent. C’est le cas de Juste Onikpo, surnommé « Joli Coco », qui expérimente la transformation des coques en terreau agricole. Après avoir observé leur impact positif sur la fertilité des sols, il développe un compost naturel utilisé pour la culture de légumes. Il fabrique également des objets artisanaux, comme des verres ou accessoires, donnant une seconde vie esthétique à ces déchets.
Dans la même dynamique, d’autres artisans, à l’image de Cherif Dine Akedjou, transforment les coques en objets décoratifs et utilitaires. Ces initiatives illustrent une économie circulaire artisanale en pleine émergence, fondée sur la récupération, la transformation et la revalorisation locale.
Mais c’est à une échelle plus industrielle que le potentiel des coques de coco se révèle pleinement. Le promoteur béninois Roland Adjovi en a fait une véritable matière première pour la production de charbon écologique. Dans son unité de transformation, les coques sont séchées puis carbonisées pour produire un combustible à fort pouvoir calorifique, moins polluant et concurrentiel par rapport au charbon de bois. Il développe également du charbon actif, utilisé notamment pour ses propriétés médicinales et filtrantes.
Cependant, malgré ces avancées, la filière reste confrontée à un défi majeur : l’absence d’organisation structurée. Les circuits de collecte sont informels, les volumes irréguliers et les acteurs peu coordonnés. Pour Roland Adjovi, une meilleure structuration permettrait non seulement d’assurer un approvisionnement stable, mais aussi d’augmenter les revenus des acteurs tout en réduisant la pression sur les ressources forestières.
Ainsi, la coque de coco, autrefois perçue comme un simple déchet, s’impose progressivement comme une ressource à forte valeur ajoutée. Entre artisanat, agriculture et énergie, elle incarne une solution locale aux défis de gestion des déchets et de transition écologique.
Désormais, l’enjeu est clair : accompagner, structurer et valoriser cette dynamique afin de faire de cette économie circulaire émergente un véritable levier de développement durable au Bénin.