Réunis à Bopa, chercheurs et experts ouest-africains ont exploré les opportunités de l’agroécologie pour bâtir des systèmes alimentaires durables. Au cœur des échanges : la préservation des écosystèmes, la résilience climatique et les impacts positifs sur la santé des populations.
Légende : L'agroécologie
La ville de Bopa a accueilli du 18 au 20 mars une conférence ouest-africaine dédiée aux systèmes alimentaires durables, mettant en lumière le rôle central de l’agroécologie dans la préservation de l’environnement. Cette rencontre, soutenue par la Coopération internationale suisse au Bénin, a rassemblé une centaine de participants issus d’universités et d’institutions de plusieurs pays de la sous-région.
Durant trois jours, experts et chercheurs ont mis en avant l’urgence de repenser les modèles agricoles face à la dégradation des sols, à la perte de biodiversité et aux effets du changement climatique. Pour de nombreux intervenants, l’agroécologie apparaît comme une réponse concrète à ces défis environnementaux, en favorisant des pratiques respectueuses des écosystèmes, fondées sur la valorisation des ressources locales et la réduction de l’usage des intrants chimiques.
Le professeur Mathurin Nago a insisté sur le fait que l’agroécologie constitue une véritable opportunité pour restaurer des terres en souffrance. En intégrant la gestion durable des sols, de l’eau et des forêts, cette approche contribue non seulement à la lutte contre la désertification, mais aussi à l’adaptation aux changements climatiques. Dans la même dynamique, le directeur général de l’Inrab, Hervé Sossou, et plusieurs experts ont appelé à « reconquérir la santé de la terre » à travers des pratiques agricoles durables.
Au-delà de l’environnement, les échanges ont également mis en lumière les implications sanitaires de ces systèmes agricoles. En réduisant l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques, l’agroécologie permet de limiter les risques de contamination des sols, de l’eau et des aliments. Elle contribue ainsi à améliorer la qualité nutritionnelle des produits et à réduire l’exposition des populations à des substances nocives, avec des effets positifs sur la santé publique.
Cependant, la transition vers des systèmes agroécologiques reste confrontée à plusieurs obstacles. Les experts, dont Gilles Nago et Bertrand Pomalègni, ont identifié des défis majeurs, notamment l’insuffisance de politiques publiques dédiées, le manque de mécanismes de financement adaptés et la faiblesse des marchés capables de valoriser les produits issus de l’agroécologie. En effet, dans les circuits classiques, ces produits peinent encore à se différencier, tandis que les circuits spécialisés restent limités par des contraintes structurelles.
Malgré ces défis, l’intérêt croissant des États et des partenaires techniques et financiers, tels que la Fondation nationale pour la recherche ou encore le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, laisse entrevoir des perspectives encourageantes. Ces collaborations soutiennent la recherche, la formation et la diffusion de pratiques agricoles durables à l’échelle régionale.
Pour le professeur Valerien Zinsou, doyen de la Faculté d’agronomie de l’université de Parakou, cette conférence marque une étape importante dans la valorisation du savoir scientifique et l’émergence de solutions adaptées aux réalités locales.
Ainsi, à Bopa, l’agroécologie s’affirme progressivement comme une voie d’avenir pour concilier production agricole, protection de l’environnement et amélioration de la santé des populations en Afrique de l’Ouest.