AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT : Le levier discret mais décisif de la transition durable mondiale

Accès à l’eau, santé, éducation, climat, biodiversité : derrière ces priorités vitales pour les pays à revenus faibles et intermédiaires se joue aussi la stabilité internationale. Pourtant, ces secteurs essentiels attirent peu les capitaux privés, jugés trop risqués ou insuffisamment rentables à court terme. C’est précisément là que l’aide publique au développement (APD) déploie toute sa pertinence stratégique.

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« La finance internationale va en général très peu vers les pays à faible revenu et les secteurs sociaux », a rappelé Hubert de Milly, Expert à l’Agence française de développement (AFD) dans un rapport publié sur le site de l’Agence.

Les infrastructures d’eau potable, les systèmes de santé primaire ou l’éducation de base présentent des retours sur investissement longs, difficiles à monétiser. Pourtant, leur impact socio-économique est majeur : amélioration du capital humain, stabilité sociale, attractivité économique, résilience climatique. L’APD intervient ainsi pour combler les déficits de financement, via des dons, des prêts concessionnels ou des garanties. Elle agit comme un capital d’amorçage, capable d’attirer ensuite d’autres financeurs, banques commerciales, investisseurs institutionnels, fondations, dans une logique d’« effet levier ».

214 milliards de dollars mobilisés en 2024

Selon les règles du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les financements d’APD ont atteint 214 milliards de dollars en 2024 (environ 180 milliards d’euros).

Ces flux, majoritairement constitués de dons, représentent une part significative des financements publics internationaux, estimés à environ 300 milliards de dollars en versements bruts.

L’aide se décline sous deux formes :

- Bilatérale : directement d’un État donateur vers un pays bénéficiaire.

- Multilatérale : via des contributions à des institutions internationales.

En moyenne, un tiers de l’APD transite par des organismes multilatéraux tels que la Banque mondiale, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’UNICEF ou encore le Fonds vert pour le climat.

Les banques régionales jouent également un rôle structurant : la Banque africaine de développement (BAD), la Banque asiatique de développement (ADB) ou la Banque interaméricaine de développement (BID).

En France, l’AFD constitue l’opérateur pivot de la politique de développement. Fait souvent méconnu : le prêt est son principal outil financier. En 2025, le volume de prêts accordés par le groupe AFD s’élevait à près de 12 milliards d’euros, représentant 90 % de son activité totale, contre 10 % pour les dons. En 2023, la répartition était encore de 80 % de prêts pour 20 % de dons.

Ces prêts sont octroyés à des taux préférentiels, facilitant la réalisation de projets structurants : centrales solaires, transports propres, réseaux d’assainissement, infrastructures hospitalières ou programmes d’adaptation climatique.

Quatre acteurs concentrent 88,5 % de l’APD française (données 2021) : le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, celui de l’Économie et des Finances, celui de l’Éducation nationale et l’AFD.

Un levier modeste en volume, stratégique en orientation

À l’échelle mondiale, les montants de l’APD demeurent modestes comparés aux flux privés. Les transferts d’argent des diasporas vers leurs pays d’origine ont atteint 656 milliards de dollars en 2023, selon la Banque mondiale.

Plus significatif encore : la formation brute de capital fixe dans les pays à revenu intermédiaire avoisine 10 000 milliards de dollars par an, contre environ 2 000 milliards de financements internationaux.

Dans ce contexte, l’APD joue moins un rôle quantitatif qu’un rôle qualitatif d’orientation. Elle cible prioritairement :

- les pays les plus vulnérables,

- les secteurs sociaux délaissés,

- les investissements compatibles avec les Objectifs de développement durable (ODD),

- les projets favorables au climat et à la biodiversité.

Quel impact réel ?

L’évaluation de l’impact reste complexe. Toutefois, une étude menée en 2010 par des chercheurs de l’université de Copenhague estimait que l’aide internationale pouvait générer un point de croissance supplémentaire dans les pays bénéficiaires. Au-delà des indicateurs macroéconomiques, les effets se mesurent concrètement : hausse des taux de vaccination, progression de la scolarisation, amélioration de l’accès à l’électricité ou à l’eau potable. L’AFD conduit ses évaluations en partenariat avec des organismes de recherche locaux, combinant enquêtes de terrain et analyses statistiques nationales.

Accélérateur de transition

Dans un monde confronté à l’intensification du dérèglement climatique, à l’érosion de la biodiversité et aux tensions géopolitiques, l’aide publique au développement apparaît comme un outil stratégique de stabilisation et de transformation. Modeste par son volume relatif, mais déterminante dans son ciblage, elle demeure l’un des rares instruments capables d’orienter les économies vers un modèle durable, inclusif et résilient. Un investissement public, certes, mais surtout un pari sur la stabilité et la prospérité communes.

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