Réuni le mercredi 4 mars 2026 sous la présidence de Patrice Talon, le Conseil des ministres a adopté une série de mesures structurantes qui traduisent une volonté affirmée d’ancrer l’action publique dans les principes du développement durable. Entre protection du patrimoine, transition énergétique, sécurisation foncière, modernisation agricole et réhabilitation des écosystèmes, les décisions prises dessinent une trajectoire cohérente de transformation économique et sociale.
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La décision de classer la Cité lacustre de Ganvié au patrimoine culturel national marque un tournant stratégique. Située sur le lac Nokoué, cette cité emblématique fait face à une pression démographique accrue, à la pollution des eaux, à la dégradation des écosystèmes et aux effets du changement climatique. Son classement vise à préserver sa valeur historique, culturelle et écologique, tout en encadrant les dynamiques urbaines et économiques. Au-delà de la dimension patrimoniale, cette mesure s’inscrit dans une logique de protection des zones humides, essentielles à la biodiversité et à la régulation climatique.
Dans la même perspective, le Conseil a autorisé la réalisation des études détaillées de la phase 3 du Projet de Réhabilitation et d’Aménagement du lac Nokoué et de la lagune de Porto-Novo. Ce programme ambitionne une restauration écologique et économique fondée sur le développement du transport fluvio-lagunaire, la valorisation des berges et la promotion des filières halieutiques. Il s’agit d’un levier majeur pour concilier croissance locale, sécurité alimentaire et préservation des ressources naturelles.
Sur le plan foncier, la déclaration d’utilité publique de vingt-deux périmètres dans plusieurs communes, dont Cotonou et Abomey-Calavi, répond à un impératif de stabilité sociale et de prévention des crises. L’exécution de décisions judiciaires impliquant des démolitions massives, plus de 7 hectares à Fidjrossè, plus de 19 hectares à Tankpè et plus de 4 hectares à Adjagbo, risquait d’entraîner des tensions sociales et une insécurité alimentaire, notamment dans des zones agricoles. En mobilisant les mécanismes d’expropriation pour cause d’utilité publique avec dédommagement préalable, l’État privilégie une approche de régulation et de sécurisation durable.
Énergie et infrastructures : structurer la transition
Le Conseil a également adopté un décret définissant le cadre de promotion des chauffe-eau solaires en République du Bénin. Cette mesure, à forte portée énergétique et environnementale, vise à encourager l’utilisation d’équipements solaires thermiques dans les ménages, les administrations et les infrastructures collectives. En réduisant la dépendance aux énergies conventionnelles et la pression sur le réseau électrique, elle participe à la baisse des émissions de gaz à effet de serre et à la maîtrise des dépenses énergétiques.
Dans le domaine des infrastructures sociales, une mission de contrôle technique a été lancée pour plusieurs projets de construction et de réhabilitation de formations sanitaires, notamment au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga. Ces investissements renforcent la résilience du système de santé et contribuent à l’amélioration du capital humain, pilier du développement durable.
La mise en place progressive d’un système de vidéoprotection dans cinq villes et aux frontières participe également d’une stratégie globale de sécurisation des espaces urbains et des infrastructures critiques. La prévention des risques, la gestion des flux et la réduction des catastrophes constituent des dimensions essentielles d’une gouvernance moderne et durable.
Agriculture, formation et inclusion : consolider les bases productives
Le volet agricole occupe une place significative dans les décisions adoptées. L’approbation des statuts des lycées techniques agricoles de Banikoara, Natitingou, Ina, Adjahonmè et Sékou traduit un investissement dans la formation des compétences rurales. À travers ces établissements, l’État renforce la professionnalisation des filières végétales, semencières, forestières et aquacoles.
Les nominations intervenues à l’Université nationale d’Agriculture, notamment à la tête de l’École de Foresterie tropicale et de l’École d’Aquaculture, confirment cette priorité stratégique. L’enjeu est clair : moderniser les pratiques agricoles, améliorer la productivité tout en préservant les sols, les forêts et les ressources hydriques.
Enfin, la contractualisation pour la construction de centres d’accueil pour les victimes de violences basées sur le genre à Parakou, Allada et Savalou rappelle que le développement durable inclut une dimension sociale forte. L’accès à la protection, à l’accompagnement social et à la dignité constitue un préalable à toute croissance inclusive.
À travers cet ensemble de décisions, le Conseil des ministres du 4 mars 2026 pose les jalons d’une action publique articulant environnement, énergie, agriculture et cohésion sociale. Une approche systémique où la durabilité n’est plus un principe abstrait, mais un cadre opérationnel structurant pour l’économie nationale.