DIPLOMATIE CLIMATIQUE : À Antalya, Simon Stiell veut faire de la COP 31 un rempart contre le chaos mondial

À quelques mois de la COP 31 prévue à Antalya, en Turquie, Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’ONU Climat, a donné le ton en dressant un constat sans détour : dans un monde secoué par les guerres et les tensions commerciales, la coopération internationale vacille. Mais selon lui, l’action climatique peut devenir un puissant facteur de stabilité, à condition d’entrer dans une nouvelle ère de mise en œuvre concrète des engagements.

CPO 31 Légende : CPO 31

« Une chose est claire, la COP 31 à Antalya se déroulera dans un contexte extraordinaire. » D’emblée, Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’ONU pour le climat, plante le décor. Devant son auditoire, le chef d’ONU Climat a décrit un monde entré dans « un nouveau désordre », dominé par la force des armes, les guerres commerciales et une remise en cause du multilatéralisme.

Pourtant, loin de considérer le climat comme une variable d’ajustement dans cet environnement instable, il en fait au contraire un levier stratégique. « L’action climatique peut apporter de la stabilité dans un monde instable », soutient-il, plaidant pour « ouvrir la voie à une nouvelle ère de coopération internationale en matière de climat ».

Trois décennies, trois âges de la gouvernance climatique

Pour appuyer sa démonstration, Simon Stiell retrace l’évolution de la gouvernance climatique en trois grandes phases.

La première fut celle de la reconnaissance progressive du problème, marquée par les débats scientifiques et politiques sur l’ampleur du dérèglement.

La deuxième, celle des solutions, a culminé avec l’Accord de Paris. « Cela n’a pas résolu la crise climatique, mais cela a changé notre trajectoire », affirme-t-il. Depuis 2015, les progrès sont tangibles : les investissements dans les énergies propres ont été multipliés par dix, passant de 200 milliards à plus de 2 000 milliards de dollars par an.

En 2025, malgré « l’incertitude économique et les vents contraires politiques », les énergies propres ont dépassé le charbon comme première source mondiale d’électricité. Les flux financiers vers l’énergie propre ont représenté plus du double de ceux consacrés aux combustibles fossiles — un basculement historique.

Lors de la COP 30 à Belém, les États ont affirmé d’une seule voix que la transition mondiale était désormais irréversible. Mais le responsable onusien tempère : « Ce n’est clairement pas assez rapide ni assez équitable. » Le rythme reste insuffisant, et les inégalités persistent, même si, selon lui, rarement une décennie de coopération climatique aura produit autant d’avancées concrètes.

La « troisième ère » : celle de la mise en œuvre

Face aux résistances croissantes d’acteurs cherchant à prolonger la dépendance au charbon, au pétrole et au gaz, Simon Stiell met en garde contre « une menace sans précédent » défiant la logique scientifique et économique. Selon lui, l’heure n’est plus aux promesses, mais à l’exécution.

Il appelle ainsi à entrer dans une « troisième ère d’action climatique, celle de la mise en œuvre ». Objectif : réaliser, voire dépasser, les engagements du premier bilan mondial de 2023, notamment doubler l’efficacité énergétique et tripler les capacités d’énergies renouvelables d’ici 2030, tout en organisant une transition « juste, équitable et ordonnée » hors des combustibles fossiles.

Concrètement, il propose d’accélérer le déploiement de projets compatibles avec ces objectifs en rapprochant États, investisseurs et secteur privé. À Belém, un trillion de dollars ont été mobilisés pour les réseaux électriques propres et la protection des forêts. La transition énergétique est désormais, insiste-t-il, un enjeu direct de compétitivité.

Climat, sécurité et prospérité

Au-delà des grands équilibres géopolitiques, le patron d’ONU Climat ancre son plaidoyer dans les réalités quotidiennes : baisse des factures d’énergie, réduction de la pollution, millions d’emplois nouveaux, accès à l’électricité pour les plus de 700 millions de personnes encore privées de courant.

« Pour tout dirigeant qui prend la sécurité au sérieux, l’action climatique est une mission essentielle », martèle-t-il. Les énergies renouvelables constituent « la voie la plus claire et la moins coûteuse vers la sécurité et la souveraineté énergétiques », protégeant les économies des chocs liés aux conflits et aux turbulences commerciales. L’adaptation, ajoute-t-il, demeure « la seule voie » pour protéger des milliards de vies face à l’intensification des catastrophes climatiques.

En conclusion, Simon Stiell se veut résolument optimiste : « Plus que jamais, l’action et la coopération en faveur du climat sont la solution. Non pas malgré l’instabilité mondiale, mais à cause d’elle. »

À Antalya, carrefour stratégique entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, la COP 31 pourrait ainsi incarner cette ambition : transformer l’urgence climatique en moteur de stabilité, de prospérité et de coopération internationale.


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