À l’occasion de l’exposition photographique « Peuples et Forêts » d’Alain Huart, une conférence-débat s’est tenue mercredi 18 février au Centre Wallonie-Bruxelles. Experts, acteurs publics et privés, étudiants et membres de la société civile y ont échangé sur les forêts communautaires, les finances carbone et le projet du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, au cœur des enjeux environnementaux en RDC.
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La question de la gestion durable des forêts congolaises s’est invitée au centre des discussions à Kinshasa. Organisée en deux temps, la conférence-débat inscrite dans le cadre de l’exposition « Peuples et Forêts » a permis d’aborder les défis et perspectives liés aux forêts communautaires, à la filière cacao, aux crédits carbone, ainsi qu’au projet structurant du Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK).
Dès l’ouverture des échanges, plusieurs intervenants ont dressé un constat préoccupant : la forêt tend à « disparaître dans l’imaginaire » collectif. Une formule forte pour illustrer l’éloignement progressif des populations vis-à-vis de cet écosystème pourtant vital. Les experts ont souligné la nécessité de réancrer culturellement et économiquement les communautés dans la gestion forestière, notamment à travers la foresterie communautaire.
Le débat a également mis en lumière les limites actuelles du marché du crédit carbone en République démocratique du Congo. Selon les intervenants, seules quelques entreprises sont aujourd’hui autorisées à intégrer ce mécanisme financier, principalement concentré dans trois provinces : Kinshasa, Mai-Ndombe et le Nord-Kivu. Une situation qui freine l’extension des initiatives climatiques à l’échelle nationale, alors même que le pays dispose d’un potentiel considérable en matière de séquestration carbone.
Au cœur des discussions figurait le Couloir Vert Kivu-Kinshasa, présenté comme une vision intégrée de l’économie verte. Ce projet ambitieux vise à opérationnaliser les principaux Accords multilatéraux environnementaux (AME) auxquels la RDC est partie. Il ambitionne de concilier développement économique et préservation des écosystèmes sensibles.
Intervenant lors du panel, Faune Salmon, Directrice générale adjointe de C&S Expertise, a insisté sur le rôle structurant du secteur privé. « Le Couloir Vert n’est pas une simple zone de conservation sous cloche. C’est une réalité géographique vivante et active », a-t-elle affirmé, plaidant pour une implication accrue des acteurs économiques.
De son côté, Me André-Hilaire Kashikisha, Directeur exécutif du CODELT, est revenu sur la genèse du projet. Il a rappelé la décision du Conseil des ministres du 1er novembre 2024 portant création d’une aire protégée à vocation de réserve communautaire. S’étendant de l’Est de la RDC — dans les régions des deux Kivu — jusqu’à Kinshasa, cette zone couvrirait 544 270 km², dont environ 100 000 km² de forêts primaires. Si elle voit pleinement le jour, elle deviendrait la plus vaste aire protégée de ce type au monde.
L’objectif affiché est de promouvoir une économie verte inclusive, conciliant activités extractives et préservation des forêts primaires, tout en favorisant l’inclusion sociale des communautés locales et des peuples autochtones. Pour les porteurs du projet, le Couloir Vert constitue une opportunité stratégique de positionner la RDC comme « pays solution » face aux défis climatiques et à l’érosion de la biodiversité.
L’exposition d’Alain Huart s’inscrit dans cette dynamique. À travers une série de clichés mettant en lumière la tourbière, la mangrove, la forêt profonde ou encore la forêt de miombo du Katanga, le photographe propose une approche à la fois esthétique et pédagogique. Son travail documente aussi bien les pressions exercées sur la forêt — déforestation, agriculture sur brûlis — que des initiatives positives telles que la foresterie communautaire ou la production de cacao équitable.
En réunissant décideurs publics, opérateurs privés, scientifiques, médias et étudiants, cette conférence a confirmé l’importance du dialogue multisectoriel. Le Couloir Vert Kivu-Kinshasa apparaît désormais comme une plateforme de coopération avec les partenaires techniques et financiers, capable d’aligner les engagements environnementaux internationaux avec des actions concrètes sur le terrain. À Kinshasa, l’art photographique aura ainsi servi de catalyseur à un débat stratégique pour l’avenir écologique et économique du pays.