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LUBUMBASHI :

Société civile et autorités face aux dégâts miniers sur la forêt de Miombo

À Lubumbashi, capitale de la province du Haut-Katanga, la question environnementale s’impose avec acuité dans un contexte d’intensification des activités extractives. Du 16 au 18 février courant, un atelier de trois jours consacré à la gouvernance des ressources forestières et à la conservation dans le Grand Katanga a réuni une diversité d’acteurs autour d’un même objectif : alerter et proposer des solutions face aux pressions minières et énergétiques qui menacent l’écosystème régional.



Organisées par la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et l’action publique (CORAP), ces assises ont mis en lumière les conséquences environnementales et sociales de l’exploitation minière dans cette partie de la République démocratique du Congo. L’objectif affiché était de sensibiliser les acteurs concernés aux impacts des activités minières sur la forêt de Miombo, jadis étendue sur près de 80 % de la superficie du sud-est du Katanga.

La forêt de Miombo constitue l’un des écosystèmes les plus importants d’Afrique australe et centrale. Elle joue un rôle clé dans la régulation du climat, la conservation de la biodiversité et la protection des sols. Elle représente également une source vitale de bois-énergie et de produits forestiers pour de nombreuses communautés locales. Cependant, la déforestation, la fragmentation des habitats, la pollution d’origine minière et l’urbanisation rapide compromettent aujourd’hui son équilibre. À cela s’ajoute une dépendance croissante au bois-énergie, accentuant la pression sur les ressources forestières.

Selon les organisateurs de l’atelier, les pollutions issues des exploitations minières affectent directement la qualité des sols, de l’eau et de l’air. « Ces pollutions ont des répercussions graves sur la santé des populations, déjà confrontées à de fortes vulnérabilités sociales et économiques », ont-ils souligné.

Un contexte marqué par l’intensification minière

La tenue de cet atelier intervient dans un contexte où l’exploitation minière connaît une expansion notable dans le Grand Katanga. Riche en cuivre, cobalt et autres minerais stratégiques, la région attire d’importants investissements. Si cette dynamique contribue à la croissance économique, elle soulève également des inquiétudes quant au respect des normes environnementales et sociales. Quelques jours avant ces assises, la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du climat, Marie Nyange Ndambo, a effectué une mission d’itinérance dans cette partie du pays. À l’issue de sa tournée, elle a dénoncé de graves atteintes à l’environnement ainsi qu’aux conditions sociales des communautés vivant dans et à proximité des sites miniers. Ses constats ont renforcé l’urgence d’un dialogue structuré entre autorités publiques, exploitants miniers, société civile et communautés locales.

Un cadre de dialogue stratégique assorti de recommandations à l’endroit des décideurs

L’atelier de Lubumbashi a réuni des représentants des autorités nationales et provinciales, des organisations de la société civile, des chercheurs, des communautés locales et du secteur privé. Pendant trois jours, les discussions ont porté sur la nécessité de renforcer la gouvernance forestière, condition essentielle à la préservation de l’écosystème katangais. Les participants ont insisté sur l’importance de concilier exploitation des ressources naturelles, protection de la biodiversité et respect des droits des communautés impactées par l’extractivisme. Le principe du « pollueur-payeur » ainsi que le droit à un environnement sain, consacré par l’article 53 de la Constitution congolaise, ont été au cœur des débats. Selon nos sources à Lubumbashi, les échanges ne se sont pas limités à un diagnostic des menaces. Ils ont également permis d’identifier des pistes d’action concrètes pour une gestion durable des écosystèmes forestiers : renforcement des études d’impact environnemental, suivi indépendant des activités minières, reboisement des zones dégradées et meilleure implication des communautés dans les processus décisionnels.

À l’issue de l’atelier, des recommandations ont été formulées à l’attention du gouvernement national, des autorités provinciales du Haut-Katanga, des exploitants miniers et des autres parties prenantes. La coalition appelle à des actions concrètes en faveur de la restauration environnementale et du développement durable des communautés affectées. Au-delà de la dénonciation, la société civile entend jouer un rôle actif dans le suivi des engagements et la promotion d’une gouvernance responsable des ressources naturelles. À Lubumbashi, la mobilisation autour de la forêt de Miombo illustre un enjeu majeur pour la transition écologique en Afrique : comment exploiter les ressources stratégiques nécessaires au développement tout en préservant les écosystèmes et les droits des populations ? La réponse passe par une gouvernance renforcée, une transparence accrue et une responsabilité partagée entre l’État, les entreprises et la société civile.


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