PLATEFORME SOLAIRE A YAMOUSSOUKRO : Un levier scientifique pour accélérer la transition énergétique africaine

Dans un contexte d’essor rapide du solaire sur le continent, le Maroc et la Côte d’Ivoire renforcent leur coopération scientifique. Le vendredi 13 février, l’Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles (IRESEN), l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), le Green Energy Park Maroc et l’Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny (INP-HB) ont inauguré à Yamoussoukro la plateforme Green Energy Park Maroc–Côte d’Ivoire (GEP-MCI), un outil dédié à la recherche appliquée, à l’innovation et à la formation dans les technologies solaires adaptées aux réalités africaines.

Inauguration de la plateforme Légende : Inauguration de la plateforme

L’essentiel est désormais posé : la Côte d’Ivoire dispose d’une nouvelle infrastructure stratégique pour accompagner sa transition énergétique. Installée au sein de l’INP-HB à Yamoussoukro, la plateforme Green Energy Park Maroc–Côte d’Ivoire (GEP-MCI) a pour vocation de tester, développer et adapter les technologies solaires photovoltaïques et thermiques aux conditions climatiques semi-tropicales. En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement d’importer des équipements, mais de les expérimenter localement afin d’en améliorer la performance et la durabilité.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité du modèle du Green Energy Park de Benguerir, lancé en 2017 au Maroc. Toutefois, elle marque une étape supplémentaire : celle d’une coopération Sud-Sud structurée autour de la recherche et de l’innovation. Comme l’a souligné Samir Rachidi, directeur général de l’IRESEN, l’objectif est clair : mettre la recherche appliquée au service du développement durable et de la réussite des grands projets énergétiques en Afrique. Ainsi, la plateforme entend jouer un rôle de passerelle entre les laboratoires, les entreprises et les décideurs publics.

Cette inauguration intervient alors que le solaire connaît une croissance soutenue sur le continent. Selon le think tank Ember, les importations africaines de panneaux solaires ont atteint plus de 15 000 MW sur les douze mois à juin 2025, soit une hausse de 60 % par rapport à la période précédente. Cependant, cette dynamique révèle aussi une dépendance persistante aux équipements importés. En effet, la production locale reste limitée, même si des pays comme le Maroc et l’Afrique du Sud disposent chacun d’une capacité d’environ 1 GW par an, tandis que le Nigéria et l’Égypte progressent.

Dès lors, l’enjeu dépasse la simple installation de centrales solaires. Il s’agit de structurer un véritable écosystème industriel et technologique africain. En amont, la recherche et développement (R&D) permet d’adapter les équipements aux réalités climatiques, agricoles et hydriques locales. En aval, elle favorise la montée en compétences des ingénieurs et techniciens, tout en stimulant l’émergence d’une industrie des technologies propres capable de créer de la valeur et de l’emploi.

Par ailleurs, la plateforme ouvre des perspectives concrètes dans des secteurs stratégiques tels que l’agriculture et le traitement de l’eau. L’intégration du solaire dans l’irrigation ou le dessalement, par exemple, pourrait contribuer à renforcer la sécurité alimentaire et la résilience face au changement climatique. Autrement dit, l’énergie devient ici un levier transversal de développement.

Pour que cette ambition se concrétise pleinement, plusieurs conditions restent néanmoins essentielles. Il faudra, d’une part, assurer un financement durable des activités de recherche et encourager les partenariats public-privé. D’autre part, il sera nécessaire de renforcer les liens entre les résultats scientifiques et leur application industrielle. Enfin, une coopération régionale élargie pourrait permettre de mutualiser les expériences et d’accélérer l’émergence d’un marché africain intégré des technologies propres.

En définitive, la création du Green Energy Park Maroc–Côte d’Ivoire traduit une évolution stratégique : passer d’une logique d’importation d’équipements à une logique de production de savoir et d’innovation locale. Car pour réussir sa transition énergétique, l’Afrique ne doit pas seulement consommer des technologies vertes ; elle doit aussi les concevoir, les tester et les maîtriser.


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