Alors que l’énergie solaire s’impose comme une solution clé pour combler le déficit chronique d’électricité en Afrique subsaharienne, un nouveau rapport scientifique met en lumière les limites techniques des installations actuelles. En cause : des conditions climatiques extrêmes qui réduisent fortement les performances des systèmes photovoltaïques.
Légende : Panneaux contenant de la poussière
Dans un contexte de transition énergétique et de déficit persistant d’accès à l’électricité, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne misent sur l’énergie solaire pour répondre aux besoins croissants des populations et des activités économiques. Cependant, un rapport scientifique publié le dimanche 1er février 2026 dans la revue Discover Sustainability alerte sur les pertes d’efficacité importantes des systèmes photovoltaïques dans la région, dues principalement à la chaleur extrême et à l’accumulation de poussière.
Intitulée « Photovoltaic system performance in SubSaharan Africa under environmental, technical and policy constraints », l’étude a été menée par des chercheurs de l’Arusha Technical College et de la Nelson Mandela African Institution of Science and Technology, en Tanzanie. Elle repose sur des analyses de terrain réalisées dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne afin d’évaluer le comportement des panneaux solaires dans les conditions environnementales locales.
Selon le rapport, les températures ambiantes élevées, combinées à un fort rayonnement solaire et à l’humidité, accélèrent la dégradation thermique des équipements. Dans de nombreuses zones situées au sud du Sahara, la température à la surface des modules photovoltaïques dépasse régulièrement 40 °C en journée, un seuil déjà bien supérieur aux conditions optimales de fonctionnement. Les chercheurs rappellent que le rendement de conversion énergétique commence à se dégrader dès que la température des modules dépasse 25 °C.
Dans les situations les plus extrêmes, fréquemment observées dans la région, la température des panneaux peut excéder 70 °C. Ces niveaux entraînent une baisse significative de la tension en circuit ouvert et une augmentation des pertes par recombinaison. Les données recueillies montrent que les modules en silicium cristallin, qui constituent la technologie la plus répandue, subissent des pertes d’efficacité comprises entre 15 % et 20 dans de telles conditions. Ces diminutions affectent particulièrement les systèmes hors réseau, très utilisés en milieu rural, où les marges de capacité sont limitées.
Outre la chaleur, l’accumulation de poussière constitue un facteur aggravant majeur. Dans les zones sèches et semi-arides d’Afrique subsaharienne, les dépôts de poussière – riches en matières organiques, en particules hygroscopiques et en résidus salins – obstruent la surface des panneaux et réduisent l’absorption du rayonnement solaire. Sans nettoyage régulier, les pertes de production peuvent atteindre des niveaux considérables.
Le rapport fait état de baisses de rendement allant de 20 % à plus de 60 %, selon l’environnement. Les zones industrielles exposées à la poussière de charbon enregistrent des pertes de 53 % à 64 %, tandis que celles proches des chantiers de construction ou des sites miniers peuvent subir des réductions allant jusqu’à 72 %. Les zones agricoles, affectées par la poussière d’engrais organiques, connaissent quant à elles des pertes plus modérées, comprises entre 25 % et 35 %.
Face à ces contraintes, les auteurs soulignent la nécessité de développer des technologies adaptées aux réalités climatiques africaines. Ils identifient trois priorités : concevoir des composants photovoltaïques capables de fonctionner efficacement à haute température, adapter les protocoles de nettoyage aux environnements poussiéreux locaux et instaurer des systèmes de certification spécifiques aux climats tropicaux.
Ces enjeux sont d’autant plus cruciaux que près de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont toujours pas accès à l’électricité, faisant de la fiabilité de l’énergie solaire un élément central des stratégies de développement durable de la région.