TANZANIE : Le report du projet solaire de Kishapu révèle les limites du réseau face à l’essor des renouvelables

Engagée dans une stratégie de diversification de son mix électrique, la Tanzanie mise sur le solaire pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Le report de la mise en service du projet solaire de Kishapu met toutefois en lumière un défi central de la transition énergétique : l’adaptation du réseau électrique à l’intégration croissante des énergies renouvelables intermittentes

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Présenté comme un projet emblématique du développement solaire en Tanzanie, le parc photovoltaïque de Kishapu connaît un nouveau report de calendrier. La mise en service de la première phase de 50 MW est désormais attendue au premier trimestre 2026, alors qu’elle était initialement prévue pour fin 2024 ou début 2025. Porté par la compagnie publique TANESCO et soutenu par un financement de 130 millions d’euros accordé par l’Agence française de développement (AFD), ce projet devait marquer une étape clé dans la diversification du mix électrique national.

Selon des informations relayées par le média spécialisé SolarQuarter, les autorités tanzaniennes expliquent ce retard par les difficultés techniques liées à l’intégration de la production solaire au réseau électrique national. Contrairement aux centrales thermiques ou hydroélectriques, la production photovoltaïque est par nature variable et dépendante des conditions météorologiques. Cette intermittence impose des adaptations spécifiques pour garantir la stabilité et la sécurité du réseau, un impératif jugé prioritaire par le gouvernement.

Conscientes de ces enjeux, les autorités et les partenaires financiers ont intégré la question de la flexibilité du réseau dès la conception du projet. L’accord de financement signé avec l’AFD ne se limite pas à la construction de la centrale solaire de Kishapu. Il prévoit également un vaste programme de modernisation des infrastructures de transmission et de distribution exploitées par TANESCO, afin de préparer le système électrique à une montée en puissance progressive des énergies renouvelables.

Ce programme comprend notamment le déploiement d’outils numériques de pilotage du réseau, la création d’un centre national de contrôle à Dodoma ainsi que l’installation de centres régionaux à Arusha, Mwanza et Mbeya. Ces dispositifs doivent permettre une meilleure gestion en temps réel de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité. Par ailleurs, une subvention complémentaire de 0,7 million d’euros a été octroyée pour renforcer les capacités institutionnelles et techniques du pays en matière de gestion d’un réseau intégrant des sources d’énergie intermittentes.

Le cas de Kishapu s’inscrit dans une problématique plus globale, largement documentée à l’échelle internationale. Dans son rapport Integrating solar and wind, publié en septembre 2024, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte sur les risques liés à une intégration rapide des renouvelables sans investissements suffisants dans les réseaux, le stockage et les capacités pilotables. Selon l’AIE, jusqu’à 15 % de la production mondiale d’électricité solaire et éolienne pourrait être perdue d’ici 2030 faute d’infrastructures adaptées.

En Tanzanie, ce constat revêt une importance particulière alors que le pays cherche à réduire sa dépendance au gaz naturel, qui représentait encore environ 70 % de la production électrique en 2023. Le report du projet de Kishapu illustre ainsi que la transition énergétique ne repose pas uniquement sur l’ajout de nouvelles capacités de production, mais nécessite également une transformation en profondeur des réseaux électriques pour en assurer la fiabilité et la durabilité à long terme.


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